Road-trip philosophique

Un philosophe à vélo sur le littoral (1/8) : à Biarritz, l’impact environnemental du tourisme balnéaire

Temps de lecture : 8 min

Un philosophe à vélo sur le littoral (1/8) : à Biarritz, l’impact environnemental du tourisme balnéaire

Pierre Cassou-Noguès à Biarritz (64). © Pierre Cassou-Noguès

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Durant huit semaines, le philosophe Pierre Cassou-Noguès, auteur de Métaphysique d’un bord de mer (Éd. du Cerf, 2016) et de La Bienveillance des machines (Le Seuil, 2022), parcourt le littoral atlantique à vélo pour Philosophie magazine. Objectif de ce périple un peu fou : enquêter sur les effets de la crise environnementale. Étape 1 : Biarritz.


 

Les chroniques de Pierre Cassou-Noguès seront publiées chaque samedi, sur philomag.com, pendant deux mois. Retrouvez également le philosophe sur son site personnel et sur son compte Mastodon ici.

 

Biarritz.

Il pleut, il vente, la mer que j’aperçois du haut de la corniche est mauvaise. Des rouleaux rageurs et blancs d’écume viennent s’abattre contre la falaise. Plus loin, sur la promenade qui borde la grande plage sont positionnés d’énormes sacs de sable : des « wave bumpers » – c’est écrit dessus – qui ont la charge de repousser les vagues quand elles tentent d’attraper les passants.

Je viens d’arriver, je suis descendu du train en fin de matinée. Je suis tendu, inquiet ; je pars le lendemain avec mon vélo et mes sacoches. J’ai regardé cent fois la météo et l’itinéraire. 

Je déambule entre les villas dépareillées, chacune imaginant un style qui n’appartiendrait qu’à elle. Je cherche des souvenirs d’une journée passée à Biarritz avec mes parents quand j’étais enfant. Je me souviens des embruns qui nous éclaboussaient sur le rocher de la Vierge, en avant de la côte. On l’atteignait par une petite passerelle de métal, au-dessus des rouleaux, qui est aujourd’hui fermée. 

Brusquement, me revient aussi que nous avions déjeuné au restaurant. Aux murs pendaient des filets de pêche dans lesquels semblaient s’être pris quelques crustacés, crabes, homards, des étoiles de mer et une botte en caoutchouc. Elle était kaki et ressemblait un peu aux miennes. J’avais mangé en sentant sa présence, avec cette peur muette qu’on a, enfant, et qui devient plus tard de l’angoisse.

Biarritz, ville balnéaire exemplaire

Le soir, j’assiste à une conférence sur l’érosion des falaises au Pays basque. Les côtes reculent aujourd’hui à un rythme compris entre 60 centimètres et 1 mètre par an : sans ouvrage de défense, la plupart des édifices qui bordent l’océan auront disparu dans moins d’un siècle. Et c’est sans compter l’élévation du niveau de la mer (que l’on estime être de 30 à 50 centimètre en 2050 et d’au moins un mètre en 2100) et sans compter, non plus, la fréquence accrue des tempêtes. Deux phénomènes qui accélèrent le recul du trait de côte, la submersion des zones basses et l’érosion des falaises.

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