Road-trip philosophique
Un philosophe à vélo sur le littoral (3/8) : à Arcachon, comment garder le contact avec le réel dans un monde zombie ?
© Pierre Cassou-Noguès
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Durant huit semaines, le philosophe Pierre Cassou-Noguès, auteur de Métaphysique d’un bord de mer (Éd. du Cerf, 2016) et de La Bienveillance des machines (Le Seuil, 2022), parcourt le littoral atlantique à vélo pour Philosophie magazine. Objectif de ce périple un peu fou : enquêter sur les effets de la crise environnementale. Étape 3 : La Teste-de-Buch, une commune du sud de la baie d’Arcachon. Entre rêve et réalité, politique et fantastique, il explore les inquiétudes sur la montée des eaux, mais aussi l’entrée dans un monde de zombies où les huîtres produisent du plastique et les zones commerciales sont montées sur des pilotis.
Les chroniques de Pierre Cassou-Noguès seront publiées chaque samedi, sur philomag.com, pendant deux mois. Retrouvez également le philosophe sur son site personnel et sur son compte Mastodon ici.
La Teste-de-Buch.
Dans le quartier du Pyla, les mimosas en fleurs font des masses jaunes, éclatantes au-dessus des murets, et lancent encore quelques branches dans la rue. Les jardins bien entretenus cachent à moitié des villas élégantes. La plupart sont fermées, ce sont des résidences secondaires, mais quelques-unes laissent échapper de leur cheminée un peu de fumée et une odeur de feu de bois. Il fait froid. Le ciel est bleu et les pins attendent immobiles le printemps. À chaque carrefour, sur la droite, au bout d’une allée tranquille, la mer apparaît aussi bleue que le ciel, sur une large étendue, coupée de bancs de sable.
Je pédale sur mon vélo, comme je le fais beaucoup en ce moment. Parfois même, je rêve que je pédale.
Je prends, sur la droite, une route qui monte dans la forêt. Je quitte ce petit paradis où la vie est facile et rien ne semble pouvoir l’abîmer. C’est une illusion, bien sûr, mise en scène par la municipalité et les agents immobiliers. Mais je vais de l’autre côté pour visiter des terres zombies. Moi-même, je ne suis de nulle part, comme souvent les narrateurs dans ce genre d’histoires, je suis un simple visiteur, un touriste.
Je traverse un bout de forêt planté sur des dunes, quelques kilomètres, avant d’atteindre les premières maisons d’une petite ville. Alors que jusqu’ici, la route n’a cessé de monter et de descendre, le terrain est maintenant plat. J’aperçois le clocher de très loin au-dessus des toits et d’un grand rond-point. Je me dirige vers l’église parce que je sais que la zone de submersion commence juste derrière : elle englobe la zone commerciale et les quartiers pavillonnaires jusqu’à la gare et de l’autre côté du port, qui seront dans l’eau plusieurs fois par an en 2050 et à chaque marée en 2100.