Road-trip philosophique

Un philosophe à vélo sur le littoral (2/8) : doit-on sauver la forêt des Landes ?

Temps de lecture : 10 min

Un philosophe à vélo sur le littoral (2/8) : doit-on sauver la forêt des Landes ?

© Pierre Cassou-Noguès

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Durant huit semaines, le philosophe Pierre Cassou-Noguès, auteur de Métaphysique d’un bord de mer (Éd. du Cerf, 2016) et de La Bienveillance des machines (Le Seuil, 2022), parcourt le littoral atlantique à vélo pour Philosophie magazine. Objectif de ce périple un peu fou : enquêter sur les effets de la crise environnementale. Étape 2 : les Landes.


 

Les chroniques de Pierre Cassou-Noguès seront publiées chaque samedi, sur philomag.com, pendant deux mois. Retrouvez également le philosophe sur son site personnel et sur son compte Mastodon ici.

 

Les Landes.

Les premiers pins, le long de la route, apparaissent au-dessus de Bayonne, parmi les entrepôts de la zone commerciale et entre les pavillons de lotissement récents. Peu à peu, ils se font plus denses, et j’entre dans la forêt des Landes. En plusieurs étapes et avec quelques détours, je parcours ainsi près de 200 kilomètres sous les pins. La piste cyclable longe parfois des routes. Sur de longs tronçons, elle s’enfonce seule dans les bois et court ainsi d’une station balnéaire à une autre. Celles-ci sont distantes d’une quinzaine de kilomètres, ce qui représente pour moi pas loin d’une heure sur mon vélo. De la piste, dans la forêt, la mer n’est jamais visible mais s’entend dans le vent avec la rumeur des rouleaux, plus sourde, profonde, lointaine.

Un voyage dans l’espace, mais aussi dans le temps

Je m’arrête d’abord à Hossegor (juste après Capbreton). C’est le milieu de la matinée, un jour de semaine, et la petite ville est déserte. Les rues sont bordées de résidences des années soixante-dix ou quatre-vingt, assez basses, quatre ou cinq étages, et peintes des mêmes couleurs, ocre, crème, rougeâtres. Tous les volets sont fermés et je ne vois personne. Peut-être est-ce que je passe trop vite ou que je suis distrait. Une rue piétonnière monte jusque sur la dune qui surplombe l’océan. Sur la plage, je repère quelques silhouettes, un couple, un promeneur de chien. De grosses vagues déferlent, majestueuses, blanches, qui cassent bien en avant de la côte et continuent de rouler jusqu’à la plage. Toutes ces stations balnéaires le long des Landes sont soumises à l’érosion des dunes.

Redescendant en ville, les boutiques qui, à d’autres mois de l’année ou à d’autres moments de la journée, proposent de louer des planches ou des combinaisons me rappellent que Hossegor est un haut lieu du surf. Je n’ai pas loisir de m’arrêter longtemps.

Traversée ainsi en vélo, et trop loin de la réalité, qui défile comme un film, la petite ville, abandonnée encore pour quelques mois, jusqu’à l’été, dégage une étrange impression. L’œil ne comprend pas pourquoi ces résidences, ces boutiques, ces installations humaines sont désertées et continuent cependant d’être entretenues, intouchées par le passage du temps et les accidents. Je pourrais me croire le cobaye d’une expérience tentée par des savants fous comme en montre La Jetée de Chris Marker ou surtout Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais, dont la scène centrale se joue au bord de la mer : le personnage la revit indéfiniment, y revient et ne peut pas s’en détacher. Il me semble que si je devais hanter un lieu, je pourrais choisir cette côte des Landes. La mélancolie de Hossegor transforme mon voyage en vélo en un voyage dans le temps.

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