Entretien

Olivier Hamant : “On n’a jamais eu autant besoin… d’incohérence”

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Olivier Hamant : “On n’a jamais eu autant besoin… d’incohérence”

Olivier Hamant. © Christian Slagmulder

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Et si le biologique nous aidait à mieux penser le politique ? C’est ce que propose Olivier Hamant dans son essai De l’incohérence. Philosophie politique de la robustesse (Odile Jacob, 2024). Chercheur en biologie végétale à l’École normale supérieure de Lyon, il vante les vertus des systèmes qui intègrent en leur propre sein des tensions et des contradictions sans chercher la performance et la cohérence à tout prix.


 

Est-il bien sérieux de la part d’un éminent scientifique de faire l’éloge de l’incohérence ?

Olivier Hamant : La cohérence est en effet la base de l’approche scientifique, au sens où les scientifiques cherchent à développer des théories qui soient cohérentes. Mais ne nous y trompons pas : si la cohérence est un très bel objectif, elle constitue en revanche une très mauvaise stratégie. Pour aboutir à des théories cohérentes, il faut se former, il faut faire des essais et commettre des erreurs (pour comprendre comment ça marche et explorer d’autres voies, c’est-à-dire innover), il faut en passer par le débat contradictoire, il faut se mettre en situation d’humilité et de vulnérabilité… et donc, cela demande d’être incohérent.

“Si la cohérence est un très bel objectif, elle constitue en revanche une très mauvaise stratégie”

 

Une incohérence provisoire et disruptive en quelque sorte ? 

Oui, car une théorie n’est cohérente que jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus. La recherche progresse toujours ainsi : à un moment va surgir un résultat qui est contraire à ce qu’on pensait jusqu’alors. En ce sens, l’injonction de cohérence nous empêche de penser ailleurs et nous détourne de tout ce qui ne colle pas avec la pensée dominante. Devoir être cohérent, c’est s’empêcher de dérailler pour se contenter de confirmer, d’aller dans le même sens, d’ajouter et donc d’amplifier ce qu’on croit déjà savoir et qu’il ne s’agit plus de questionner. La cohérence construit donc l’ignorance. Au contraire, les incohérences peuvent nous aider à dérailler.

 

Votre essai est-il un livre de biologie, d’épistémologie, de philosophie ou de politique ? 

Il y a un peu de tout cela, mais je dirais que c’est d’abord un texte d’intervention, dans la lignée de mon tract Antidote au culte de la performance. La robustesse du vivant (Gallimard, 2023). Je voudrais qu’on se réveille et qu’on sorte de cette dérive sectaire que représente l’injonction à la performance et à la cohérence. Cela correspond à une évolution personnelle. Mon livre La Troisième Voie du vivant (Odile Jacob, 2022) était plutôt de nature socio-écologique : je voulais montrer comment les êtres vivants utilisent leur vulnérabilité pour faire de la robustesse, et comment cette manière de faire pourrait être un modèle social pour nous ou, tout du moins, servir de garde-fou à la performance. Puis je me suis rendu compte que le maillon faible n’était pas l’écologie mais le social. C’est la société qui va lâcher en premier. Et j’ai donc estimé que les leçons de contre-performance étaient un sujet de nature politique avant tout. 

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