Entretien

Olivier Hamant : "La crise énergétique actuelle est le signe typique d’un monde qui craque"

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Olivier Hamant : "La crise énergétique actuelle est le signe typique d’un monde qui craque"

Olivier Hamant, directeur de recherche à l’Inrae. © Soudan E/Alpaca/Andia.fr

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Le blocage du détroit d’Ormuz a engendré une grande perturbation dans les économies du monde entier. Pour le biologiste Olivier Hamant, auteur de l’Antidote au culte de la performance (Gallimard, Tracts, 2023), il est temps de s’inspirer du vivant pour rompre avec la recherche immodérée de l’efficience.


 

Que révèle la crise énergétique actuelle ?

Olivier Hamant : Voilà le signe typique d’un monde qui craque. La performance de nos économies dépend des énergies fossiles distribuées par les flux optimisés du commerce maritime. Mais ce que nous n’avons toujours pas compris, c’est que l’optimisation alimente une surdépendance à des ressources ou des modes d’organisation centralisés autour de grands hubs et de grandes routes maritimes. Elle génère donc de l’insécurité : la moindre perturbation a des conséquences gigantesques. Et pas seulement sur le plan énergétique : la distribution de l’eau douce au Koweït est très efficace, car centralisée. Cependant, à l’heure où les usines de désalinisation qui fournissent 93% du réseau sont frappées par l’Iran, c’est la viabilité du territoire qui est remise en cause. Idem pour l’industrie numérique qui dépend de l’hélium dont un tiers vient du Qatar visé par l’Iran, sans parler de l’économie mondiale dépendant de centres de données qui ne sont pas bien protégés.

Dans Le Contrat naturel (François Bourin, 1990), Michel Serres résumait ainsi notre mal : « Rien de plus faible qu’un système global qui devient unitaire. » Qu’il s’agisse de géopolitique, d’écologie ou d’économie, la performance – en privilégiant une énergie ou un type d’exploitation – nous permet d’avoir un plus grand contrôle de notre environnement. Mais cette capacité de contrôle est consubstantielle à une grande fragilité structurelle.

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