Un classique aujourd’hui
Odyssées décoloniales
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Cet article est issu du Hors-série n°70 de Philosophie magazine, en kiosque le 15 juillet 2026.
En revenant de Troie, Ulysse se comporte parfois comme un conquistador. L’errance de ce Christophe Colomb antique, pourtant, entre en résonance avec certains penseurs décoloniaux.
Juxtaposer « odyssée » et « décolonial » ne va pas de soi : le texte d’Homère n’est-il pas l’un des textes fondateurs d’une civilisation occidentale d’où, précisément, jaillira le colonialisme ? Ulysse lui-même, comme tout bon roi achéen, exploite le travail d’esclaves. Au cours du périple chaotique qui le ramène vers son île, il se comporte comme un conquérant violent. Il massacre les Cicones sans épargner les vieillards ni les enfants, s’empare de leurs richesses et de leurs femmes. Chez les cyclopes – figures de la barbarie –, Polyphème ne respecte pas, bien sûr, les lois de l’hospitalité si importantes pour les Grecs ; mais on oublie un peu vite qu’Ulysse et ses compagnons, quand ils arrivent dans l’antre du monstre alors absent, se servent sans vergogne dans ses réserves et festoient. Globalement, tout au long de son voyage, le héros homérique n’a guère d’égard pour les autres qu’il croise. « Il veut rentrer chez lui, mais s’arrête en chemin pour piller des villes… », glisse l’écrivain saint-lucien Derek Walcott dans sa réécriture théâtrale de l’Odyssée, où la tradition grecque s’hybride avec la culture caribéenne : « Je vais chanter cet homme, car ses récits nous enchantent, / Lui qui a connu épreuves et tempêtes pendant dix ans après Troie. / Je suis Blind Billy Blue. »