Naissance d’une notion

“Brain rot” : le nouveau mal de nos “cerveaux pourris” par les écrans ?

Temps de lecture : 5 min

“Brain rot” : le nouveau mal de nos “cerveaux pourris” par les écrans ?

© Alina Grubnyak/unsplash

Cet article est réservé aux abonnés.

Élu « mot de l’année » 2024 par l’Oxford Dictionary, l’expression anglaise « brain rot » (littéralement : « pourrissement cérébral ») désigne les conséquences dévastatrices que peut entraîner une surexposition à la vacuité des réseaux sociaux. Simple phénomène de société ou grave problème de santé mentale qui doit nous alerter urgemment ?


« L’expression illustre la conscience collective croissante autour des effets délétères du numérique sur notre capacité de concentration et nos habitudes de pensée », expliquent les universitaires d’Oxford pour justifier leur choix qui érige « brain rot », soit « pourrissement cérébral », en mot (anglais) de l’année. 

Hyperconnectés, surmédiatisés, sollicités en permanence et saturés de contenus, nos cerveaux seraient atteints de cette nouvelle tare, d’une ampleur que nous commençons à peine à mesurer. Pourtant, les symptômes seraient nombreux : nous serions devenus incapables de faire le tri entre toutes les informations dont nous sommes abreuvés et qui, faute de pouvoir être hiérarchisées, nous assomment et nous font abandonner tout sens critique. Vidéos TikTok, clashs interminables et autres mèmes, nous nous retrouvons disposés à regarder n’importe quoi, surtout le contenu le plus trivial (pour ne pas dire stupide), que nous faisons défiler de manière compulsive sur nos écrans numériques.

 

Un diagnostic pas si nouveau

Devenons-nous décérébrés ? Est-il urgent de tirer la sonnette d’alarme ? Relativisons : la situation n’est peut-être pas si critique. Le terme « brain rot » est lui-même loin d’être une création récente. C’est d’ailleurs un philosophe qui l’aurait inventé : la première mention connue de l’expression remonte à 1854 et se trouve sous la plume de l’Américain Henry David Thoreau. Dans son livre Walden, ou la vie dans les bois, il déplore la « dévalorisation des idées complexes », c’est-à-dire le simplisme et l’abrutissement général de la société qui l’environne :

Cet article est réservé aux abonnés