Les clés d’un classique

Un apôtre de la raison : un extrait du “Philosophe ignorant” de Voltaire commenté

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Un apôtre de la raison : un extrait du “Philosophe ignorant” de Voltaire commenté

Voltaire. ©Bridgeman. - illustration. ©William L. pour PM

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Cet article est issu du numéro 193 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 septembre 2025.

Pour Voltaire, la justice et la morale trouvent leurs sources dans la raison, qui elle-même s’appuie sur la physique de Newton. La preuve avec cet extrait commenté de son Philosophe ignorant.

 

L’extrait

« Je dis avec le grand Newton : “Natura est semper sibi consona ; la nature est toujours semblable à elle-même.” La loi de la gravitation qui agit sur un astre agit sur tous les astres *, sur toute la matière : ainsi la loi fondamentale de la morale agit également sur toutes les nations bien connues. Il y a mille différences dans les interprétations de cette loi, * en mille circonstances ; mais le fond subsiste toujours le même, et ce fond est l’idée du juste et de l’injuste. On commet prodigieusement d’injustices dans les fureurs de ses passions, comme on perd sa raison dans l’ivresse ; mais quand l’ivresse est passée, la raison revient, et c’est, à mon avis, l’unique cause qui fait subsister la société humaine, cause subordonnée au besoin que nous avons les uns des autres.
Comment donc avons-nous acquis l’idée de la justice ? comme nous avons acquis celle de la prudence, de la vérité, de la convenance : par le sentiment et par la raison *. Il est impossible que nous ne trouvions pas très imprudente l’action d’un homme qui se jetterait dans le feu pour se faire admirer, et qui espérerait d’en réchapper. Il est impossible que nous ne trouvions pas très injuste l’action d’un homme qui en tue un autre dans sa colère. La société n’est fondée que sur ces notions, qu’on n’arrachera jamais de notre cœur ; et c’est pourquoi toute société subsiste, à quelque superstition bizarre et horrible qu’elle se soit asservie.
Quel est l’âge où nous connaissons le juste et l’injuste ? L’âge où nous connaissons que deux et deux font quatre *. »

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