Les clés d’un classique
Une société sans opposition : un extrait de Herbert Marcuse commenté
Herbert Marcuse. ©Stringer/Bridgeman imagescouple - Illustration ©William L. pour PM
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Cet article est issu du numéro 190 de Philosophie magazine, en kiosque le 28 mai 2025.
La société industrielle et de consommation a anesthésié notre capacité à protester et à nous révolter, rendant caduque toute métamorphose sociale et politique, constate Herbert Marcuse dans son essai L’Homme unidimensionnel. Nous vous en proposon un extrait commenté.
L’EXTRAIT
« La société industrielle avancée prive la critique de sa véritable base *. Le progrès technique renforce tout un système de domination et de coordination qui, à son tour, dirige le progrès et crée des formes de vie (et de pouvoir) * qui semblent réconcilier avec le système les forces opposantes, et de ce fait rendre vaine toute protestation au nom des perspectives historiques, au nom de la libération de l’homme. La société contemporaine paraît donc capable d’empêcher tout changement social – toute transformation au sens qualitatif qui établirait des institutions essentiellement différentes, une nouvelle orientation pour le processus productif, de nouveaux modes de vie *. Qu’elle endigue le changement social est peut-être le phénomène le plus étrange de la société industrielle avancée. L’intégration des forces opposées est le résultat en même temps que la cause première de ce phénomène dont témoignent la notion d’intérêt national, acceptée comme expression de la volonté générale, la politique bipartite, le déclin du pluralisme, la collusion de l’État et du capital et du travail à l’intérieur d’un État fort *. »
— Herbert Marcuse, L’Homme unidimensionnel, Introduction (1964 : trad. fr. Les Éditions de Minuit, 1968, p. 18)