Théâtre

“Portrait de famille. Une histoire des Atrides” : Jean-François Sivadier à sang pour sang !

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“Portrait de famille. Une histoire des Atrides” : Jean-François Sivadier à sang pour sang !

Une histoire des Atrides de Jean-François Sivadier. © Christophe Raynaud de Lage

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Cet article est issu du numéro 198 de Philosophie magazine, en kiosque le 26 mars 2026.

Puisant son inspiration chez les Antiques, Jean-François Sivadier compose une partition impétueuse qui déroule la lignée maudite des Atrides. Une pièce haletante à voir en tournée pour apprendre à danser sur le volcan.

 

« S’il vous plaît… » L’ouvreur est quasiment inaudible. Des spectateurs râlent, semant la zizanie dans la salle. Le drôle monte sur scène pour mieux se faire entendre. Il s’engage alors avec une maladresse comique dans le récit de la « pomme de discorde », l’acte fondateur de la Guerre de Troie… et le spectacle a déjà commencé. Ces hostilités sont la toile de fond de la dynastie des Atrides qui, de Thyeste à Oreste, d’Iphigénie à Électre, déroule son lot d’horreurs – infanticides, parricides, incestes, cannibalisme… Puisant son inspiration chez Euripide, Sophocle, Eschyle, Racine et Sénèque, Jean-François Sivadier explore tous les genres et compose une partition impétueuse, déroulant cette lignée maudite. En presque quatre heures, quatorze acteurs volcaniques, issus de la même promotion du Conservatoire national d’art dramatique, traversent avec talent, dans un décor ruiné, ce champ de bataille réel et symbolique, où Homère a les traits d’un reporter de guerre, enregistrant les faits pour la postérité. Ici, l’amour ne va pas sans le crime, ni l’honneur sans la vengeance, et la trivialité des dieux rivalise avec la vanité des hommes. Ceux-ci s’émancipent finalement de la fatalité tragique. Ils déjouent le cycle de la haine et gagnent leur liberté. Car il s’agit bien, par le récit, de donner forme à la violence. Comme le rappelle l’helléniste Pierre Judet de La Combe dans le premier volume de Quand les dieux rôdaient sur la Terre (2024), « les Grecs se disaient que si la violence débridée, répétitive, devenait pour un temps une histoire, un mythe, au moins ils en seraient un peu protégés : ils pourraient la tenir à distance en la racontant ». Et nous tenir en haleine.

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