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“Par effraction. Rendre visible la question animale”, de Réjane Sénac : lisez un extrait de notre dernière parution

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“Par effraction. Rendre visible la question animale”, de Réjane Sénac : lisez un extrait de notre dernière parution

© Philosophie magazine Éditeur/Stock

Par effraction. Rendre visible la question animale, de Réjane Sénac, paraît aujourd’hui chez Philosophie magazine Éditeur/Stock ! Une enquête de terrain qui interroge la manière dont la condition animale met à l’épreuve notre rapport à l’injustice, à la violence, à l’amour et à l’espoir.

Découvrez-en ci-dessous un extrait exclusif. L’ouvrage est disponible en librairie dès aujourd’hui, ou ici à la commande.


 

À l’occasion de la sortie du livre, Réjane Sénac sera présente à l’IEP de Paris (Sciences Po) le mardi 30 septembre 2025 pour débattre de la question animale. Inscrivez-vous ici pour assister à cet événement.

 

« Le fait de ne pas pouvoir entrer légalement dans les lieux où les animaux sont exploités et tués amène à ce que les militant(e)s voulant donner les preuves de la maltraitance animale dans les élevages intensifs et les abattoirs soient contraint(e)s d’y faire intrusion par effraction. L’effraction matérielle participe de l’effraction plus générale, symbolique, dans le tabou spéciste. Elle joue un rôle central, celui d’une preuve électrochoc dans la dénonciation du déni des violences que nous infligeons aux animaux non humains.

Néanmoins, comme le souligne Dany, une militante se définissant comme “sentientiste” en raison de son engagement à réduire les souffrances animales et à maximiser le bien-être des individus sentients, il ne faut pas réduire les mobilisations antispécistes à l’imaginaire effrayant de “la pince-monseigneur”. “Cela fait cambrioleur alors qu’il s’agit d’une mise en lumière, une visibilisation, une ouverture certes forcée.” Elle se méfie de la place occupée par “l’image du militant cagoulé qui s’introduit pendant la nuit, car elle occulte le sujet principal” des violences infligées aux animaux. Il est pour elle essentiel de “désamorcer cette version du militant criminel qui aide les détracteurs” en détournant le regard des animaux, même quand le verrou a été fracturé et que les preuves sont indiscutables.

“Pénétrer dans un abattoir pour sauver des animaux, ‘c’est comme forcer la vitre d’une voiture où un chien est en train de mourir de chaud’”

 

Victor Duran-Le Peuch, créateur et animateur du podcast antispéciste Comme un poisson dans l’eau, souligne lui aussi la connotation négative du terme d’effraction. Ceci alors même qu’appliqué à des actions antispécistes, comme pénétrer dans un abattoir ou des élevages intensifs pour sauver des animaux, “c’est comme forcer la vitre d’une voiture où un chien est en train de mourir de chaud”. La métaphore du “bris de vitre” lui semble pertinente car elle donne à comprendre que, grâce aux effractions matérielles dans les lieux d’exploitation animale, “l’écran spéciste s’est brisé”. En utilisant elle aussi la métaphore de la brisure, Typhaine D, artiste féministe, animaliste et enfantiste, fait un parallèle entre le féminisme, “une effraction au système patriarcal qui donne l’impression de casser une vitrine” et l’antispécisme qui “brise le contrat social” implicite reposant sur la normalité de l’appropriation des animaux non humains par les humains. Ne pas accepter ce contrat spéciste fait que “tu marches sur du verre brisé” même dans des moments apparemment aussi anodins que le partage d’un repas. 

L’image de l’écran brisé peut être comprise comme une réactualisation de l’allégorie platonicienne de la caverne, symbolisant le dépassement d’un monde d’ombres et d’apparences. Les responsables d’associations et activistes interviewé(e)s engagé(e)s dans une mobilisation antispéciste témoignent ainsi de leur difficulté à continuer à vivre dans un monde dont ils/elles savent qu’il repose sur la maltraitance et la violence envers les animaux. Tiphaine Lagarde, cofondatrice et présidente de “269 Libération animale”, me confie qu’ayant concentré son engagement et ses actions autour et dans les abattoirs pour les visibiliser comme des lieux d’oppression, par des blocages et des sauvetages, elle vit au rythme de ces lieux. La nuit donc, se réveillant à l’aube en pensant aux animaux arrivant dans les bétaillères, et ne pouvant pas faire de pause l’été, saison très chargée en termes d’abattage. Le jour, elle se sent décalée dans une société qui fait semblant de ne pas voir ce qui se passe derrière les murs des abattoirs.

“L’effraction est une brèche à deux visages : elle dénonce le déni des violences structurelles faites aux animaux et annonce la possibilité d’un monde plus juste”

 

L’effraction est une brèche à deux visages : un premier qui dénonce le déni des violences structurelles faites aux animaux et un second qui annonce la possibilité d’un monde plus juste à travers des revendications, des initiatives, des alternatives. Les mobilisations animalistes ont ainsi un visage de Janus. Elles constituent à la fois une fracture dans l’omerta des violences et un horizon de réconciliation en contribuant à une cohabitation apaisée entre les humains et les autres espèces animales. »

 

Par effraction. Rendre visible la question animale, de Réjane Sénac, vient de paraître chez Philosophie magazine Éditeur/Stock, dans la collection Immersions. 208 p., 20,50€ en édition physique, 14,99€ en version numérique, disponible ici.