Les enfants de l’“Odyssée”

“O’Brother”, l’épopée travestie

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“O’Brother”, l’épopée travestie

“O’Brother” (Joel Cohen, 2000). © StudioCanal

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Cet article est issu du Hors-série n°70 de Philosophie magazine, en kiosque le 15 juillet 2026.

Sorti en 2000, le film des frères Coen revisite l’Odyssée d’un regard cocasse mais non dénué de mélancolie... comme une acceptation amusée du renoncement à l’aventure héroïque.

 

Pastiche homérique

« C’est sans doute la version de l’Odyssée d’Homère la plus pourrie qui ait jamais été proposée. Elle est fondée sur tout ce que la culture populaire recrache de cette histoire et que nous avons assimilé à notre façon » : c’est en ces termes que les frères Coen, Joel et Ethan, décrivent O’Brother, sorti en 2000. Les cinéastes affirment même n’avoir jamais lu l’épopée, dont le film reprend cependant la structure. On y suit les pérégrinations d’Ulysse (Everett), le beau parleur, et de ses compagnons, Delmar le simplet optimiste et Pete le râleur. Quand le film commence, les trois hommes sont en prison, comme Ulysse sur l’île de Calypso. Everett convainc ses comparses, auxquels il est enchaîné, de s’évader pour retrouver le magot d’un braquage qui n’existe pas : le détenu veut simplement rentrer chez lui pour retrouver sa Pénélope et ses sept filles. Les péripéties seront nombreuses sur leur chemin, comme sur la route homérique. Mais le ton d’O’Brother tranche sur celui de l’Odyssée : décalé, loufoque, comique. Ce n’est pas un grand récit épique, de ceux dont regorge le cinéma américain, que proposent les frères Coen. Si Everett est, comme Ulysse, un menteur rusé, il n’a rien d’un héros. Les grandes figures de l’Odyssée sont reprises avec la même dérision. Les sirènes deviennent des lavandières prêtes à dénoncer les voyous en cavale à la police, et Polyphème, un petit escroc éborgné. Tirésias le devin, un vieil homme noir et aveugle, prédit aux compères un voyage de retour chaotique. La nekuia – l’invocation des morts aux confins du monde – est transfigurée en une réunion du Ku Klux Klan dans laquelle les évadés échouent par hasard. Ils y retrouvent Tommy, le quatrième membre du groupe de musique qu’ils ont formé au début de leur aventure (les « Culs trempés »), sur le point d’être pendu – pas encore une ombre, mais pas loin ! Penny, non plus, n’a guère à voir avec la Pénélope d’Homère. Indocile et vénale, convaincue de la mort de son compagnon – bon à rien incapable de lui faire vivre le rêve américain –, elle a multiplié les infidélités en son absence.

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