“Les Idées de demain” 2026

“Merdification” : pourquoi les Gafam ont-ils tué internet ?

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“Merdification” : pourquoi les Gafam ont-ils tué internet ?

Cory Doctorow. © Gage Skidmore/Wikimedia Commons

Moteurs de recherches, applications de rencontre, plateformes ubérisées : de toutes parts, la qualité du numérique diminue dramatiquement. Le blogueur et essayiste américain Cory Doctorow décortique ce processus de « merdification » dans une conférence que nous traduisons dans notre numéro spécial sur les « Idées de demain » 2026. Extrait.


“La première étape pour une plateforme, c’est d’être avantageux pour les utilisateurs, les fidéliser”

 

« Lorsque j’ai commencé à écrire sur [la merdification], je me suis concentré sur les symptômes externes […] un processus en trois étapes. D’abord, la plateforme apporte un avantage à ses utilisateurs, tout en trouvant un moyen de les fidéliser. C’est ce qu’a fait Google, qui a minimisé les pubs et maximisé les dépenses en ingénierie pour obtenir les meilleurs résultats de recherche, tout en achetant sa domination, soudoyant chaque service ou produit doté d’un champ de recherche pour en faire un champ de recherche Google. Ainsi, peu importe le navigateur, le système d’exploitation mobile ou l’opérateur que vous aviez, par défaut, vous effectuiez vos recherches sur Google. C’est devenu tellement absurde qu’au début des années 2020, Google dépensait en un ou deux ans suffisamment d’argent pour acheter l’intégralité de Twitter, juste pour s’assurer que personne n’essaie jamais un moteur de recherche autre que Google.

“La deuxième étape : la situation empire pour les utilisateurs finaux et s’améliore pour les clients professionnels”

 

La deuxième étape, c’est l’exploitation des utilisateurs afin d’attirer et d’enrichir les professionnels. Pour Google, il s’agit des annonceurs et des éditeurs web. Une part toujours plus importante de la page de résultats Google est consacrée aux publicités, qui sont signalées par des étiquettes de plus en plus subtiles, de plus en plus petites et de plus en plus grises. Google utilise ses données de surveillance commerciale pour nous cibler avec des publicités.

“La troisième étape : Google, par exemple, récupère toute la valeur de la plateforme, en maintenant utilisateurs et professionnels prisonniers les uns des autres”

 

Mais ces professionnels se retrouvent eux aussi prisonniers de la plateforme, et dépendants. Une fois que les entreprises tirent ne serait-ce que 10% de leurs revenus de Google, quitter Google devient un risque existentiel. Nous parlons beaucoup du pouvoir “monopolistique” de Google, qui découle de sa position dominante en tant que vendeur. Mais Google est également un monopsone, un acheteur puissant. Donc, première étape, Google a un monopole sur ses utilisateurs, et, deuxième étape, un monopsone vis-à-vis des professionnels. Voici maintenant la troisième étape : Google récupère toute la valeur de la plateforme, à l’exception d’un résidu homéopathique calculé pour maintenir les utilisateurs finaux prisonniers et les professionnels prisonniers de ces utilisateurs finaux. La merdification de Google est achevée. »

 

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Ce texte est extrait d’une conférence (Ursula Franklin Lecture) dont le texte a été publié sur le blog Medium de Cory Doctorow le 26 février 2025 sous le titre « With Great Power Came No Responsibility ». Traduit par Mathilde Lemoine.