Le jardin, lieu de sagesse
Les jardins mythologiques, une épopée homérique
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Cet article est issu du Hors-série n°65 de Philosophie magazine, en kiosque le 07 mai 2025.
La Grèce d’Homère est ponctuée de jardins merveilleux qui sont autant de points de passage entre l’humain et le non-humain.
Au jardin des Phéaciens
La mythologie des jardins en Grèce commence avec Homère. Lieux singuliers dans lesquels se côtoient l’humain et le non-humain, y compris le divin, les jardins mythiques relèvent de différentes cosmologies où les rapports entre les sociétés, leur environnement et les dieux s’élaborent suivant un système de forces physiques et morales données. La cosmologie homérique émerge à travers trois scènes de l’ Odyssée qui fonctionnent comme des « explorations mythiques », telles que les nommait l’helléniste Jean-Louis Durand.
Sur l’île des Phéaciens, la traversée de la ville sous la protection d’Athéna avait déjà suscité l’admiration d’Ulysse. Quand celui-ci parvient au palais royal d’Alkinoos, sa stupeur ne fait que croître à la vue de ses espaces intérieurs investis par les dieux. Tout y est grandiose : les murs de bronze, les portes d’or, les poutres d’argent, les seuils... Héphaïstos en a même fabriqué les chiens de garde d’or et d’argent. Pendant de ce lieu de pouvoir fermé, éblouissant et juste séparé par une cour, le jardin, orkhatos, apparaît à l’extérieur, luisant de dons divins. Le verger est hors du temps des hommes, à la mesure de l’île des Phéaciens, infatigables marins dont les navires parviennent en tout lieu à une vitesse que seuls les dieux connaissent. Le jardin, qui abrite des espèces fruitières sous le signe de l’abondance, se caractérise par une véritable coalescence des temps. Les fruits mûrs côtoient les fruits encore verts, rien ne pourrit.
« Là de grands arbres ont poussé avec la richesse, des poiriers, des pommiers aux fruits brillants, des grenadiers, des figuiers doux, des oliviers en pleine force. Ni l’été ni l’hiver les fruits ne font défaut, toute l’année les arbres donnent, et sans relâche, un doux Zéphyr fait bourgeonner les uns, mûrir les autres. La poire vieillit sur la poire, la pomme sur la pomme, la grappe sur la grappe, et les figues l’une sur l’autre. Là fut aussi plantée une vigne opulente, dont une part, sur une terrasse exposée, sèche au soleil ; en ce lieu déjà, on vendange, en cet autre on foule les grappes ; devant, des ceps perdent leurs fleurs, d’autres commencent à rougir. Après le dernier rang de ceps, de belles plates-bandes donnent toutes les plantes et verdoient en toute saison. En ce jardin deux sources coulent ; l’une arrose le clos entier, et l’autre, sous le seuil, s’en va vers la haute demeure, où puisent les gens de la ville. Tels sont dans ce palais les dons éblouissants des dieux. »
Odyssée , VII, 114-133, traduction de Philippe Jacottet