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“Le Sens de la tech”, tome 2 : dialogues entre penseurs et dirigeants

Temps de lecture : 3 min

“Le Sens de la tech”, tome 2 : dialogues entre penseurs et dirigeants

© Philosophie magazine Éditeur

Il vient d’arriver chez vos libraires ! Notre livre Le Sens de la tech, tome 2, dirigé par Anne-Sophie Moreau, propose des dialogues inédits entre penseurs et dirigeants d’entreprise sur les impacts des nouvelles technologies sur nos vies et sur l’économie.

Nous vous offrons quelques bonnes pages : une discussion entre le physicien et philosophe Étienne Klein et Olivier Girard, président d’Accenture France. On y apprend notamment que le terme d’intelligence artificielle est sans doute un faux ami…


 

Quelle est selon vous la rupture technologique la plus marquante de ces dernières années ?

Olivier Girard : C’est sans aucun doute l’intelligence artificielle (IA), et plus particulièrement la place qu’elle a prise, en quelques années à peine, dans nos vies quotidiennes et dans l’économie. L’IA est une véritable rupture technologique qui, à l’inverse des ruptures précédentes comme l’électricité ou même le moteur à combustion, donne des résultats concrets très rapidement. On peut parler de bouleversements profonds d’un point de vue sociétal.

Étienne Klein : Je suis frappé par le constat que des machines « asémantiques », qui ne comprennent pas le sens des mots, qui ne savent d’ailleurs même pas ce qu’est un mot, parviennent à produire des phrases qui, pour nous, ont du sens. Par ailleurs, on voit se développer ce qu’on appelle l’« effet Eliza », c’est-à-dire le fait que, lorsqu’on est en interaction avec une machine, on éprouve le même type d’émotions que si on était en interaction avec un humain.

 

Pourquoi tant de gens ont-ils peur de l’IA ?

O. G. : Le procès que l’on fait aux IA vient de notre anthropomorphisme. On projette une humanité dans ce qui n’en est pas pourvu. Le terme « intelligence artificielle » est, je crois, révélateur. En réalité, ChatGPT ou n’importe quel autre modèle d’IA conversationnel ne fait que prédire le prochain mot qui suit le précédent...

E. K. : Pas le « mot », le token, c’est-à-dire le groupe de caractères qui a la plus grande probabilité de suivre le précédent. En général, un token contient moins de caractères qu’un mot !

O. G. : Oui, techniquement. C’est un algorithme. ChatGPT n’a pas de conscience et ne réfléchit pas. Pourtant, lorsqu’on lui fait remarquer qu’il se trompe, il s’excuse. Cela lui confère une « humanité » incroyable ! On peut aussi questionner la manière dont on échange avec ces agents conversationnels. Certains disent « bonjour », « merci »... tandis que d’autres ne s’embarrassent pas vraiment des formes dans leurs interactions.

E. K. : L’expression « intelligence artificielle » a été inventée par John McCarthy en 1956, lors d’un séminaire sur la cybernétique à Dartmouth College, aux États-Unis. Il voulait ainsi désigner « un champ de recherche visant à décrire le fonctionnement des différents aspects de l’apprentissage de manière suffisamment précise pour qu’ils puissent être simulés par des machines ». Or le mot intelligence en anglais n’a pas le même sens qu’en français. En anglais, il désigne exclusivement la gestion de données et le traitement d’informations. En français, l’intelligence implique aussi l’esprit critique, le discernement, la capacité à distinguer le vrai du faux, à argumenter... ce que l’IA ne possède pas. Imiter l’intelligence, ce n’est pas être intelligent, mais seulement paraître intelligent. Par ailleurs, je ne crois pas que le mot « artificiel » soit bien choisi. Yuval Noah Harari, dans son essai Nexus, propose de parler d’« intelligence autre ». Parce que ce n’est pas une intelligence qui fait directement concurrence à la nôtre.

 

Le Sens de la tech. Dialogues entre penseurs et dirigeants, tome 2, dirigé par Anne-Sophie Moreau, vient de paraître chez Philosophie magazine Éditeur. 190 p., 15€, disponible en librairie ou ici, directement sur notre boutique.