Cahier culture
Exposition “Ce que l'horizon promet” : (in)certitudes de l'avenir
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Cet article est issu du Hors-série n°65 de Philosophie magazine, en kiosque le 07 mai 2025.
De quoi demain sera fait ? Vieille question inévitable, indispensable et sans réponse. Ce que l’horizon promet, exposition de la Fondation groupe EDF, c’est un voyage immersif aux confins de l’art contemporain, de la science et de la philosophie : entre libre arbitre et déterminisme, prévision et prédiction, la caravane humaine avance comme elle peut. Questionnements existentiels garantis.
Quel sera notre avenir à l’horizon 2100 ? À peine le pied posé au sein de l’exposition Ce que l’horizon promet, un dispositif immersif enregistre les réponses du visiteur. Quelques secondes plus tard, une image générée par intelligence artificielle dépeint l’hypothétique futur que celui-ci vient de brosser en quelques mots-clés. Toutes ces données sont récoltées dans le cadre d’une enquête sociologique menée par le commissaire scientifique de l’exposition, le sociologue Gérald Bronner (lire notre entretien ci-dessous). Suivant un parcours fantasque et introspectif, la Fondation groupe EDF nous plonge dans un univers fait de nos incertitudes et interroge l’avenir et les choix qui le façonnent.
Les eaux troubles de l’incertitude
Dans Ecce Homo (1908), Nietzsche explique que « ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou ». Quant à l’incertitude, Albert Camus ajoute, dans Le Mythe de Sisyphe (Gallimard, 1942), qu’elle « se résout en œuvre d’art ». C’est ce double aspect que l’artiste plasticien Evariste Richer a cherché à saisir dans une œuvre aussi étourdissante que bluffante : Cyclone est composée de 69 750 dés agencés selon une forme cyclonique. L’idée est de placer le spectateur face à l’imprédictibilité des phénomènes naturels. Mais il faut prendre de la hauteur pour en saisir l’ampleur et les détails. Depuis le premier étage, l’œuvre de Richer prend une allure hypnotique qui a pour ambition d’ébranler notre imaginaire autant que nos représentations du réel. Selon la célèbre métaphore du météorologue Edward Lorenz, le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas... ou dans un musée parisien. Au moins dans les têtes des spectateurs !
Au royaume des croyances et de l’illusion
Le deuxième étage est là encore fait pour l’introspection. Il propose un dialogue entre la magie et la science et questionne les croyances individuelles et collectives, religieuses ou séculières. Face à la rationalisation du monde et à son désenchantement, que Max Weber définissait comme « l’élimination de la magie en tant que technique de salut », la croyance apparaît comme une manière de se rassurer en puisant dans les rêves, les visions et les théories alternatives. Avec L’Épaisseur de l’ombre (2025), l’artiste Alice Gauthier propose un voyage au pays de l’illusion. Elle a réalisé son œuvre au sein même de la Fondation avec de la poudre de pigments naturels disposée directement dans un caisson de bois peint. Elle met en lumière une figure féminine qui se décline en trois niveaux d’ombre et dont la perception change selon notre position. Une première figure faite de pigments rouges apparaît en tendant le bras, paume ouverte. Devant elle, son ombre est représentée par des pigments noirs, pour jouer sur le contraste. Comme une nuée blanche parsemée de pigments noirs, une troisième ombre, la tête à l’envers, remplit le reste de l’œuvre. Une étincelle de magie scintille au milieu de ces pigments et une forme de beauté s’en dégage. Cette poudre de pigments est semblable à l’être humain. Elle est en mouvement car vouée à être réutilisée. Elle est aussi bien ancrée dans l’instant présent que dans un futur proche. C’est le but de l’artiste, qui entend représenter un « monde onirique, un cosmos régi seulement par une puissante intuition » : « Si le présent est passé, il est aussi avenir. » Et l’avenir, dirait Camus, est « la seule transcendance des hommes sans Dieu ».