International / Économie
Donald Trump, le “doux commerce” et la guerre des coûts
Donald Trump. ©Nathan Howard/Reuters
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Cet article est issu du numéro 187 de Philosophie magazine, en kiosque le 20 février 2025.
Le président américain ne prétend pas à l’heure actuelle envoyer ses soldats faire la guerre mais il menace d’ores et déjà le monde de conflit économique. Il se place dans le sillage du courant mercantiliste qui fait reposer la puissance sur la richesse. Ce qui ne promet pas pour autant un avenir paisible.
Les intentions du nouveau président des États-Unis sont paradoxales. D’un côté, Donald Trump ne veut pas que son pays participe à des conflits armés et ambitionne de régler rapidement ceux qui font rage un peu partout. De l’autre, il entend dompter à coups de rétorsions commerciales tous ceux qui ne lui obéissent pas. S’il n’est ni un adepte de la guerre perpétuelle, comme Machiavel, ni un partisan du doux commerce à la Montesquieu, sous quelle égide articule-t-il l’impérialisme et l’économie ?
Le président américain n’est pas d’accord avec Machiavel, selon qui « un prince ne doit avoir d’autre pensée, ni choisir d’autre métier que la guerre » (Le Prince, 1532). Cet ancien entrepreneur immobilier n’est pas un chef d’armée mais un dealmaker. Sa mission consiste à accroître le bien-être des Américains, pas à instaurer la justice universelle ni à sacrifier la vie de ses concitoyens pour conquérir le monde par les armes. Donald Trump est-il pour autant un partisan du doux commerce ? Ces termes sont employés par Montesquieu, au livre XX de De l’esprit des lois (1748), pour exprimer combien les relations commerciales sont avantageuses à tous. Si « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix », c’est parce que « deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a besoin d’acheter, l’autre a intérêt à vendre ». Bref, « les lois du commerce perfectionnent les mœurs ». Tous les acteurs comprennent combien il leur est profitable d’échanger des coûts plutôt que des coups. C’est la naissance de la vision libérale du gagnant-gagnant. On pourrait croire que telle est la logique trumpiste : remplacer la guerre destructrice (d’humains et d’habitations, sur lesquelles l’ancien promoteur immobilier insiste toujours) par des relations commerciales enrichissantes dans l’intérêt de chacun.