Les enfants de l’“Odyssée”
Choisir son destin
“Ulysse et Circé”, par Bartholomeus Spranger (1546-1611) (détail). © Artothek/La Collection
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Cet article est issu du Hors-série n°70 de Philosophie magazine, en kiosque le 15 juillet 2026.
Circé n’est pas celle que l’on croit. La sorcière, la magicienne qui révèle aux marins d’Ulysse qu’ils sont des porcs est aussi une figure courageuse, féministe et féminine sous la plume de Madeline Miller.
Naissance d’une paria
Plus qu’une odyssée, c’est une biographie complète de Circé qu’imagine Madeline Miller dans son roman éponyme. L’enfance de la sorcière parmi les Titans n’est pas très heureuse : moins belle, plus faible (en apparence), Circé est méprisée ou moquée par l’essentiel de sa famille. La naissance de son frère Éétès lui apporte un confident. Mais ses jeunes années restent très largement solitaires. Un événement la marque profondément : la condamnation de Prométhée, puni par Zeus pour avoir donné le feu aux hommes. Au contraire des autres dieux – « foule d’individus interchangeables » –, Circé a de la compassion et de l’admiration pour ce Titan qui a choisi, tout en connaissant les dangers, de suivre ce qui lui commandait sa conscience. Avec Prométhée, elle découvre aussi les mortels, leur fragilité, leur unicité, et s’éprend de l’un d’eux, Glaucos, qu’elle cherche à transformer en son égal. C’est alors qu’elle découvre les pharmaka, des herbes magiques. « Être capable de permettre à leurs pouvoirs de s’exprimer est un don », dira Éétès. La jeune femme les utilise pour « changer Glaucos en dieu », mais ce dernier devient vaniteux, la rejette et s’éprend de la nymphe Scylla, que Circé, jalouse, métamorphose en monstre. Les prouesses de la sorcière en devenir menacent l’équilibre entre Olympiens et Titans. « Les pharmakeia ne sont pas régies par les limites habituelles des dieux. » Hélios « imagine avec enthousiasme comment un tel pouvoir pourrait être utilisé à son bénéfice », mais « s’inquiète au sujet de Zeus ». Après discussion avec le roi de l’Olympe, les autres enfants magiciens d’Hélios et Persée sont laissés libres car leurs pouvoirs sont « venus spontanément » et ne procèdent « d’aucune tentative de révolte ». Mais Circé, qui « a avoué avoir ouvertement recherché ses pouvoirs », est condamnée à l’exil. —