Chine / Résistance

Anne Cheng : “Les Chinois savent échapper à la censure depuis le début de leur histoire impériale”

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Anne Cheng : “Les Chinois savent échapper à la censure depuis le début de leur histoire impériale”

Anne Cheng. ©Collection particulière

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Cet article est issu du numéro 192 de Philosophie magazine, en kiosque le 21 août 2025.

En publiant, avec Chloé Froissart, des textes d’intellectuels vivant en Chine à l’ère Xi Jinping, Penser en résistance dans la Chine d’aujourd’hui, la sinologue Anne Cheng montre qu’une pensée libre tente encore d’exister dans un régime qui devient totalitaire. Mais pour combien de temps ?

 

Vous publiez, avec Chloé Froissart, des textes d’intellectuels chinois vivant en Chine et entrés « en résistance ». Cela signifie-t-il qu’une pensée libre peut exister sous Xi Jinping ? 

Anne Cheng : Ces textes ne peuvent pas être lus en Chine. La plupart de leurs auteurs sont en prison, interdits d’enseignement ou de publication. Mais ils ont été publiés, notamment sur les réseaux, à un moment ou à un autre depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Depuis 2012, le pouvoir central s’est nettement raidi par rapport aux trois décennies précédentes. Une répression encore plus féroce s’est abattue sur les Tibétains, les Ouïgours, qui voient leur culture annihilée. Xi Jinping est un stalinien pur jus. Mais contrairement à Staline, il dispose d’un arsenal technologique qui lui permet d’avoir un contrôle quasi total sur la population. Les caméras sont partout, même dans les salles de cours des universités. La reconnaissance faciale fonctionne à plein, et la surveillance des smartphones permet de contrôler les moindres faits et gestes des citoyens. Il s’agit d’une forme de totalitarisme. Ce qui est paradoxal est que les Chinois ordinaires ont le sentiment d’être libres de leurs mouvements, de consommer, de vivre dans une bulle de sécurité au milieu d’un monde chaotique et même d’être en démocratie. Les autorités ont également réussi à faire oublier le traumatisme de la répression de la place Tian’anmen de 1989. Le pouvoir n’est pas tant perçu comme despotique que comme paternaliste, tel qu’il l’a été dans la tradition impériale chinoise. 

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