Dossier / “L’Empire, stade ultime du capitalisme ?”
L’empire a-t-il vraiment changé de nature ? “La République impériale” de Raymond Aron commenté par le politologue Jean-Vincent Holeindre
Raymond Aron. © Louis Monier / Bridgeman Images - Illustration © William L. pour PM
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Cet article est issu du numéro 197 de Philosophie magazine, en kiosque le 19 février 2026.
Pour prolonger la lecture de notre dossier, nous vous proposons un commentaire du philosophe politique Jean-Vincent Holeindre à République impériale. Les États-Unis dans le monde 1945-1972 de Raymond Aron. Cette analyse de la politique extérieure américaine parue en pleine guerre froide n’a rien perdu de son acuité à l’ère du « Make America Great Again ».
« Philosophe de formation, né en 1905, Raymond Aron s’était donné une grande ambition intellectuelle au début des années 1930, lors d’un séjour dans une Allemagne déjà gangrenée par le nazisme : penser l’action politique et affronter les problèmes de son temps. Tout au long d’une vie marquée par les conflits du XXe siècle, il a consacré son énergie à la compréhension des relations internationales. En 1962, Paix et guerres entre les nations l’avait imposé comme le pionnier français d’une matière dominée par les universités américaines. Il y élabore une méthode combinant analyse sociologique, conceptualisation philosophique et contextualisation historique.
De la guerre froide à Trump
Les États-Unis, acteurs centraux de la guerre froide, ne pouvaient être éludés par le penseur français, proche du général de Gaulle mais atlantiste résolu, opposé à l’idée que la France dispose de sa propre arme nucléaire. Paru en 1973 chez Calmann-Lévy, République impériale porte ainsi sur leur place dans le monde au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Passeur transatlantique, Aron était l’ami de Henry Kissinger, professeur de relations internationales à Harvard devenu secrétaire d’État des présidents Nixon et Ford entre 1973 et 1977.
La démarche d’Aron, rationaliste et libérale, est souvent opposée à celle de Sartre qui, à travers ses reportages pour Les Temps modernes, témoigne d’une vision romantique des États-Unis, combinant fascination pour ce géant mondial et rejet de son modèle politique de la part d’un “compagnon de route” du communisme. Si le talent littéraire de Sartre ne fait pas de doute, son jugement politique est nettement moins assuré que celui d’Aron, qui a bien résisté à l’histoire, puisant dans les données empiriques les plus fiables et la tradition de la philosophie politique, de Thucydide à Clausewitz, en passant par Machiavel.