Élections législatives en Hongrie

Victoire de Péter Magyar : la bonne méthode pour battre les nationalistes ?

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Victoire de Péter Magyar : la bonne méthode pour battre les nationalistes ?

Budapest (Hongrie), le 12 avril 2026. Péter Magyar, chef du parti d’opposition Tisza, brandit un drapeau après la publication des résultats partiels des élections législatives. © Marton Monus/Reuters

La défaite de Viktor Orbán aux élections législatives en Hongrie, dimanche 12 avril, semble avoir surtout été motivée par l’indignation de la société face à la corruption et le clientélisme du pouvoir. Mais remet-elle en cause le programme conservateur du Fidesz ? L’analyse nuancée de Michel Eltchaninoff.


 

Faut-il faire de la large victoire de Péter Magyar un désaveu du projet nationaliste de Viktor Orbán ? Certes, le nouveau Premier ministre est pro-européen et méfiant à l’endroit de la Russie. Mais cet avocat de 45 ans a fait partie du Fidesz [le parti politique de Viktor Orbán, classé à l’extrême droite] jusqu’en 2024. Il a travaillé au sein du cabinet d’Orbán. Il demeure un conservateur opposé à l’immigration et, le soir de son élection, a appelé Dieu à lui venir en aide. Il s’est longtemps opposé, comme Orbán, à la livraison d’armes à Kiev, il critique le sort de la minorité hongroise en Ukraine et évite la question LGBT.

Bref, Péter Magyar n’appartient pas à cette opposition de gauche qui a échoué, pendant seize ans, à détrôner le Premier ministre illibéral. Cet ancien diplomate a principalement fait campagne sur la hausse de l’inflation, l’anémie économique du pays et le détournement, par les proches d’Orbán, de l’aide européenne. Avec son style dynamique et légèrement populiste, il a éreinté « Ali Baba et ses quarante voleurs » ou le « Dracula des fonds publics » et promis de remettre son pays sur les rails de la prospérité.

Pragmatiques avant tout

Cette nette victoire peut-elle faire école ? De fait, ce n’est pas en dénonçant la xénophobie, la transphobie ou le refus d’aider l’Ukraine que Magyar l’a emporté. Sans s’attaquer à l’essence de l’« orbanisme », il n’en a déploré que les conséquences – le clientélisme, la corruption et un scandale de pédocriminalité étouffé par le pouvoir.

Pour empêcher l’élection du Rassemblement national, de l’AfD en Allemagne ou de Reform UK au Royaume-Uni, leurs adversaires pourraient s’inspirer de la stratégie hongroise. Au lieu d’adopter une démarche éthique fondée sur la déontologie — soit l’attachement à des principes intangibles, comme la tolérance, le respect de l’État de droit et l’ouverture au monde —, ils pourraient concentrer leurs attaques sur des effets plus pragmatiques de leur programme, dans une optique qu’on appelle, en philosophie morale, conséquentialiste. Ils pourraient ainsi montrer que leur gestion des communes ou des territoires s’accompagne de malversations, de clientélisme, et produit plus de misère que de prospérité.

“Pour battre l’extrême droite, ne brandissez pas des valeurs : montrez qu’ils sont des escrocs !”

 

Dans cette optique, si Trump faisait l’objet d’un rejet d’une majorité de la société américaine, ce ne serait pas tant parce qu’il a décidé de faire la guerre à l’Iran (le principe), mais à cause de la montée de l’inflation qui en découle (les conséquences). Conclusion, en forme de vadémécum pour les adversaires des partis nationalistes : ne brandissez pas des valeurs pour les faire battre, mais montrez qu’ils sont des escrocs. Le problème étant qu’il faut attendre souvent un certain nombre d’années de pouvoir pour que ces défauts apparaissent et finissent pas indigner une majorité de citoyens. 

L’illibéralisme touché au cœur ?

Mais cette stratégie, au fond, n’oppose pas totalement les principes et les effets. Le spécialiste de relations internationales Fareed Zakaria, en inventant à la fin des années 1990 la notion de « démocratie illibérale », montre que les dirigeants comme Viktor Orbán parviennent au pouvoir grâce à la démocratie, mais s’attaquent aux piliers des institutions libérales : indépendance de la justice et de la presse, autonomie de la société civile, libertés économiques. En les grignotant peu à peu pour les contrôler, le leader illibéral favorise nécessairement népotisme, clientélisme et corruption.

Ainsi, en pointant du doigt les effets réels de ce type de pouvoir, Péter Magyar a également touché le cœur de l’illibéralisme. Il a d’ailleurs annoncé le démantèlement de la mainmise d’Orbán et de ses proches sur ces institutions. Finalement, la stratégie conséquentialiste remonte à la source du problème. Mais elle le fait avec un programme qui parle à tout le monde, et pas seulement à l’un des camps. C’est la clé de la victoire de Magyar. Elle est en effet à méditer.