Élections en Hongrie

“Péter Magyar a bénéficié du soutien d’un large mouvement social, qu’il ne peut pas trahir” : entretien avec Gábor Halmai

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“Péter Magyar a bénéficié du soutien d’un large mouvement social, qu’il ne peut pas trahir” : entretien avec Gábor Halmai

Le nouveau Premier ministre hongrois Péter Magyar, le 13 avril 2026. © Marton Monus/Reuters

Quels enseignements tirer du scrutin qui a vu le parti de Viktor Orbán perdre les élections législatives, en Hongrie ? L’éclairage de Gábor Halmai, spécialiste hongrois du constitutionnalisme illibéral.


 

Comment expliquez-vous la défaite de Viktor Orbán ?

Gábor Halmai : En tant que spécialiste du droit constitutionnel, j’aimerais dire que la défaite a été causée par l’entreprise de démantèlement de la démocratie constitutionnelle. Mais la vérité est un peu différente. Plus de la moitié des électeurs hongrois semblent avoir toléré cela pendant plus d’une décennie, jusqu’à ce que les conditions de vie commencent à sa détériorer et que la corruption devienne vraiment visible. La victoire à la majorité des deux tiers de Tisza, le parti dirigé par Péter Magyar, est aussi due au système électoral extrêmement disproportionné qu’Orbán a introduit pour garantir sa majorité constitutionnelle pendant quatre élections consécutives.

“Si l’on considère que les autocraties ne sont pas performantes économiquement à long terme, alors il y a une raison de nourrir quelques espoirs”

 

Bien que Péter Magyar ait l’intention de lutter contre le “système”, il en est lui-même issu. Aura-t-il la capacité et la volonté de démanteler les mesures illibérales d’Orbán ?

La majorité des deux tiers obtenue lui permet de remplacer la constitution illibérale d’Orbán ainsi que ses lois par de nouvelles lois libérales et démocratiques. Sa volonté libérale et démocratique n’est pas garantie, mais certains signes sont prometteurs. Péter Magyar a bénéficié du soutien d’un large mouvement social, qu’il ne peut pas trahir. Par ailleurs, l’Union européenne, qui a été trop longtemps trop indulgente envers Orbán, a assurément tiré les leçons de sa propre complaisance face au recul démocratique et réagirait sévèrement à toute mesure illibérale du gouvernement Magyar, en imposant des sanctions. Cela conduirait à des contre-performances économiques qui, Magyar le sait très bien, entraîneraient le retour du Fidesz [le parti nationaliste d’extrême droite de Viktor Orbán].

 

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Ce ne sont pas seulement les réformes illibérales mais également les politiques très conservatrices d’Orbán qui ont été critiquées. Magyar, qui est aussi conservateur, fera-t-il preuve de davantage de progressisme ?

Je suis convaincu qu’Orbán n’est pas un véritable conservateur, mais plutôt un autocrate opportuniste cherchant à conserver le pouvoir indéfiniment. Quant à Magyar, bien que l’État de droit et certains droits fondamentaux – par exemple ceux des personnes LGBT+ – n’aient jamais été une priorité pour lui, cela n’en fait pas un autocrate pour autant.

“Avec la chute du gouvernement Orbán, l’UE pourrait avoir une chance de devenir un acteur sérieux sur la scène politique mondiale et le protecteur de la civilisation face aux menaces russe et américaine”

 

Quelles leçons ceux qui, à travers le monde, luttent contre les autocrates, peuvent-ils tirer de ce changement politique ?

Si l’on considère que les autocraties ne sont pas performantes économiquement à long terme, et que l’on croit à la vérité contenue dans la phrase de James Carville « It’s the economy, stupid! », alors il y a une raison de nourrir quelques espoirs. Une autre citation attribuée à Talleyrand s’adressant à Napoléon Bonaparte me vient à l’esprit : « On peut faire beaucoup de choses avec des baïonnettes, mais on ne peut pas s’asseoir dessus. » On ne peut pas mettre l’économie sous le tapis. C’est particulièrement vrai dans les autocraties électorales, comme aux États-Unis ou en Inde, où des élections libres existent encore. 

 

La plupart des pays de l’Union européenne ont salué la victoire d’un nouveau dirigeant pro-européen. L’élection de Magyar pourrait-elle contribuer à redynamiser une UE en difficulté ?

L’une des principales faiblesses de l’Union européenne dans la crise mondiale actuelle a été l’absence de valeurs stables effectivement appliquées, due en grande partie au non-respect des règles par le gouvernement Orbán. Si cela prend fin, l’UE pourrait avoir une chance de devenir un acteur sérieux sur la scène politique mondiale et le protecteur de la civilisation face aux menaces venant des dirigeants actuels de la Russie et des États-Unis.

 

Pendant la campagne, Magyar a promis de débarrasser le pays du “Döbrögi”, une référence au poème Lúdas Matyi de Mihály Fazekas. Pourquoi ?

Lúdas Matyi est un jeune paysan pauvre qui triomphe de Döbrögi, le seigneur tyrannique symbolisant le pouvoir absolu, dans une quête de justice. Orbán a en effet construit un pouvoir presque illimité, sans véritables freins ni contrepoids constitutionnels. Et pourtant, il a été vaincu par un mouvement de résistance apparemment faible.

 

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