Portrait
Uriel da Costa, ou les déboires d’un esprit libre précurseur de Spinoza
Uriel Da Costa (v.1585-1640) instruisant le jeune Spinoza. Détail d’un tableau de Samuel Hirszenberg, 1901. © Wikimedia Commons
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Au début du XVIIe siècle, ce philosophe issu d’une famille juive marrane du Portugal a été excommunié de la communauté juive d’Amsterdam et même flagellé pour avoir critiqué l’immortalité de l’âme et identifié Dieu et la nature. Son autobiographie, Récit véridique de ma vie, vient d’être réédité aux éditions Louise Bottu. Alexandre Lacroix revient sur son parcours et sur ce qui rapproche sa pensée de celle de Spinoza.
« À cause de la religion, j’ai supporté au cours de ma vie d’incroyables souffrances », lit-on dès les premières pages du Récit véridique de ma vie d’Uriel da Costa (1585-1640), que les éditions Louise Bottu viennent de rééditer avec une préface de Frédéric Schiffter. À plusieurs égards, da Costa peut être considéré comme un précurseur – malheureux et méconnu ! – de Spinoza.
Élevé dans la religion chrétienne au Portugal, issu d’une famille juive marrane, da Costa a été étudiant en droit à l’université de Coimbra. À l’âge de 22 ans, il commence à éprouver de sérieux doutes sur le catéchisme et le message des Évangiles. « Plus je m’appliquais, plus les difficultés surgissaient. Mon âme se trouvait à la fin dans d’inextricables perplexités, inquiétudes, impasses. » Il se met alors à lire l’Ancien Testament, en découvre maints passages qui contredisent le message du Christ. L’écart qui lui semble crucial entre les deux enseignements, c’est le fait que le Christ ne cesse de promettre à ceux qui veulent bien l’écouter la vie éternelle, alors que la notion est quasiment absente de l’Ancien Testament et qu’elle n’y prend pas le même sens. Da Costa estime cette promesse de vie après la mort tellement aberrante et contraire à la raison qu’il décide d’adopter la « foi mosaïque ». Mais comme à cette époque il est interdit de vivre ouvertement son judaïsme au Portugal, et que les Juifs ne peuvent quitter le pays sans autorisation expresse du roi, il lui faut prendre des risques : il s’embarque avec ses frères pour Amsterdam, où ils se font aussitôt circoncire.