Dossier / “Être démocrate, c’est quoi ?”

“Traité théologico-politique” : Spinoza, précurseur de la démocratie

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“Traité théologico-politique” : Spinoza, précurseur de la démocratie

Spinoza. © domaine public

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Cet article est issu du numéro 182 de Philosophie magazine, en kiosque le 22 août 2024.

Le Traité théologico-politique (1670) n’est pas l’un des essais les plus lus de Spinoza et souffre de l’ombre de son grand œuvre, l’Éthique. Il prolonge pourtant les réflexions métaphysiques et les coordonne à une pensée politique d’une modernité qu’on serait presque tenté d’assimiler aux Lumières, si ce n’était pas complètement anachronique. De la liberté de penser à l’autorité de l’État sur l’Église, Spinoza avance des solutions qu’il n’est pas inutile de méditer encore, comme l’explique en préface à notre cahier central le spécialiste du philosophe, Mogens Lærke.

 

« Si j’aime tant le Traité théologico-politique, c’est parce que Spinoza y défend des positions décalées, à la fois familières et un peu étranges : d’un côté, on y trouve des choses en apparence très modernes, qui nous confirment dans ce que nous pensons déjà savoir sur la démocratie, la tolérance et la liberté d’expression ; de l’autre, Spinoza aborde ces questions dans un contexte historique très différent du nôtre, l’obligeant à les poser d’une autre façon. Il faut garder à l’esprit que le Traité n’est pas un texte philosophique traditionnel, cherchant des réponses pérennes à des questions universelles: il s’agit plutôt d’une sorte de pamphlet, un travail de circonstance écrit dans l’urgence pour répondre à une situation politique spécifique. 

Lorsque Spinoza se lance dans sa rédaction, il est en train d’écrire l’Éthique, qu’il a entamée au début des années 1660. Mais entre 1665 et 1670, il met de côté ce manuscrit quand un problème politique retient son attention. Son inquiétude naît d’un certain effritement des libertés dans les Provinces-Unies. Lors des décennies précédentes, que l’on désigne parfois comme celles de “la vraie liberté”, la jeune république pratique une tolérance et une liberté religieuses importantes, pour des raisons à la fois morales, politiques et économiques. Le Traité est une tentative de défendre ces libertés acquises mais fragiles contre une Église calviniste dominante qui cherche à imposer davantage d’hégémonie confessionnelle de façon plus en plus agressive. 

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