Exposition

Une révolution nommée Cimabue à voir au Louvre

Temps de lecture : 2 min

Une révolution nommée Cimabue à voir au Louvre

Vue de l'exposition.© 2025 Musée du Louvre / Audrey Viger

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 188 de Philosophie magazine, en kiosque le 27 mars 2025.

Le musée du Louvre consacre une grande exposition à cette grande figure de l'art italien au XIIIe siècle, maître de Giotto. En humanisant le sacré, Cimabue a déclenché une révolution picturale et spirituelle, dont les secousses se font encore sentir.

 

Il a révolutionné l’histoire de l’art, mais sa biographie reste mystérieuse et l’identification de son œuvre imparfaite. En consacrant une brève mais passionnante exposition au peintre Cimabue, le Louvre met en lumière un inconnu célèbre. Évoqué dans la Divine Comédie par Dante, son contemporain, comme le maître qui a inspiré Giotto, il est passé à la postérité comme l’instigateur d’une nouvelle représentation du monde. Le musée met à l’honneur l’un de ses chefs-d’œuvre restauré, une Maestà, autour de laquelle se constitue l’accrochage, qui donne un aperçu de l’art italien au XIIIe siècle. Cette grande peinture sur bois figure une Vierge à l’enfant en majesté, encerclée d’anges. Lisez les expressions sur ces visages ; regardez ces doigts finement articulés ; admirez la transparence des tissus. Louée dès sa création, et jusqu’à Pierre Soulages ou Zao Wou-Ki aujourd’hui, cette œuvre marque un tournant « naturaliste » dans la peinture. Cimabue rompt avec les stéréotypes de l’icône byzantine et confère à ses personnages une émotion. Voici, écrit Théophile Gautier, « un tableau qui ressemble à une icône russe et reproduit les formules byzantines, en apparence du moins, car les têtes encastrées dans leur épais nimbe d’or ont déjà une aspiration à la vie, et sous les plis symétriquement raides des draperies se dessine la forme humaine qui va se dégager de sa chrysalide grossière ». Cette aspiration à la vie se retrouve dans d’autres réalisations du maître florentin, dont une très expressive Madone Gualino (habituellement conservée à Turin) ou La Dérision du Christ (image), classé Trésor national et acquis par l’État français en 2023. Redécouvert fortuitement lors de l’inventaire d’une maison dans l’Oise, ce panneau est exposé ici pour la première fois. Il figure Jésus molesté par une foule, dont chacun des participants possède une individualité. Cette humanisation du sacré témoigne d’une révolution spirituelle mais elle traduit aussi un bouleversement scientifique, philosophique et esthétique. Tandis que l’Occident redécouvre le savoir d’Aristote, traduit de l’arabe, les érudits dominicains et franciscains invitent en effet à fonder la connaissance sur l’expérience empirique. À cette même époque, le Traité d’optique du savant arabo-musulman Alhazen renverse notre manière de voir, en démontrant que les rayons lumineux ne sont pas émis par l’œil mais capté par lui. Cimabue cristallise donc une révolution dans la manière de modéliser le monde, ce que le philosophe Thomas Kuhn appelle, dans le domaine scientifique, un « changement de paradigme ». Ce nouveau paradigme esthétique repose non plus sur l’excellente répétition des canons mais sur l’invention permanente, à partir de l’observation par les sens. 

Cet article est réservé aux abonnés