Exposition

“Figures du fou”, au Louvre : folie fameuse

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“Figures du fou”, au Louvre : folie fameuse

© Museum Koekkoek Haus Kleve, photo A.Gossens. Arnt van Tricht, Porte-serviette : Fou enlaçant une femme. Rhin moyen, vers 1535. Chêne polychromé, H. 44,3 cm ; L. 46,8 cm ; P. 30 cm. Clèves, Museum Kurhaus Kleve – Ewald Mataré-Sammlung, inv. 1980-04-02. © Museum Koekkoek Haus Kleve, Photo A.Gossens

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Cet article est issu du numéro 185 de Philosophie magazine, en kiosque le 05 décembre 2024.

Du Moyen Âge aux romantiques, le Louvre met en lumière les différents aspects de la folie, de son potentiel subversif à sa relégation dans les marges de la société.

 

Marginaux, pieux exaltés, amants éperdus, bouffons spirituels… Le Louvre expose les « figures du fou ». Le parcours débute quand les marges des manuscrits s’ornent de créatures fantastiques, à la fin du XIIIe siècle. Les « marginalia » se retrouvent par exemple dans la Physique d’Aristote ou dans les enluminures du livre des Psaumes. À la fois symbole de subversion et source de vérité, l’insensé renverse les valeurs, comme François d’Assise parlant aux oiseaux, ou moque les puissants, comme les bouffons des rois. Les fêtes populaires, les objets (comme de magnifiques gobelets à tête de fou), les jeux d’échecs ou de tarot, dont l’exposition présente parmi les premiers exemplaires, mettent ce personnage à l’honneur. Une date marque un tournant : 1494 avec la parution de La Nef des fous de Sébastien Brant, qui conspue une société vouée à la perdition tel un navire à la dérive. « C’est le Miroir des fous dans lequel chacun peut se reconnaître », écrit son auteur. Albrecht Dürer illustre l’ouvrage (alors le plus vendu après la Bible), et Jérôme Bosch en fait le motif d’un tableau conservé au Louvre. Michel Foucault dans son Histoire de la folie à l’âge classique croit y déceler non seulement un motif littéraire mais une pratique, consistant à charger les malades mentaux sur des barges pour éloigner la menace, ce que contestent désormais les historiens. Rien n’atteste que cet usage a eu lieu, et le philosophe a pris le mythe pour la réalité. Reste que cette image de la circulation des fous à travers le paysage prend bientôt la forme d’une exclusion. Foucault note en effet dans l’antagonisme entre l’image et le texte, entre la figure et la parole une « grande ligne de partage dans l’expérience occidentale de la folie ». D’un côté, « l’espace de la pure vision » où « la folie déploie ses pouvoirs », avec Bosch, Brueghel, Dürer ; de l’autre, Brant et Érasme. Avec eux et « toute la tradition humaniste, la folie est prise dans l’univers du discours », opposant la rationalité à la déraison. La fondation en 1656 d’un hôpital général marque ainsi la mise à l’écart des fous, des pauvres et des criminels. Cette répression charitable confirme un « mouvement par lequel la déraison a cessé d’être expérience dans l’aventure de toute raison humaine, et par lequel elle s’est trouvée contournée et comme enclose en une quasi-objectivité ». En 1793, l’institution de l’asile et la reconnaissance de la maladie mentale n’y changent rien, au fond. La « libération des aliénés » désigne plutôt par « antiphrase » le passage d’une logique policière à une logique thérapeutique, selon Foucault. Seuls quelques artistes romantiques résistent encore « par leur force propre » à ce « gigantesque emprisonnement moral »… Mais eux aussi ont fini au musée ! 

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