États-Unis / Crise politique

Trump-Musk : l’implosion du “futurisme réactionnaire”

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Trump-Musk : l’implosion du “futurisme réactionnaire”

Donald Trump et Elon Musk s'entretiennent dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, DC, le 14 mars 2025. ©Roberto Schmidt/AFP

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Cet article est issu du numéro 191 de Philosophie magazine, en kiosque le 03 juillet 2025.

De meilleurs amis du monde, Trump et Musk sont devenus des ennemis. Or ce désamour était prévisible car il révèle deux visions politiques différentes.

 

« J’aime Donald Trump autant qu’un hétéro peut aimer un autre homme », affirmait Elon Musk il y a quelques mois. L’idylle entre le président américain et le magnat de la « tech » n’aura pas duré. Les tensions se sont cristallisées au sujet du projet de loi budgétaire voté à la Chambre des représentants. Pour Musk, ce « budget prévoyant des dépenses massives » est une « répugnante abomination » qui risque d’« accabler les citoyens américains d’une dette écrasante ». Le nœud de crispation, ce sont en réalité surtout les coupes dans les subventions aux véhicules électriques dont bénéficie notamment Tesla. Bref, c’est la fin de la romance. Pouvait-il en être autrement ? Les deux hommes, que certains intérêts convergents ont rapprochés (évincer les démocrates, sabrer dans la bureaucratie, abattre les régulations qui brident la liberté des entreprises, etc.), portent deux visions politiques bien différentes. Musk, qui cultive l’image du génie atypique, est l’égérie des libertariens technophiles horrifiés du poids de l’État et de son influence sur l’économie – le protectionnisme trumpien n’échappe pas à leurs critiques. Entre conquête spatiale et implants cérébraux, le projet muskien mâtiné de transhumanisme et enraciné dans l’esprit moderniste de la Silicon Valley est tourné vers l’avenir. Celui de Trump, au contraire, est plus franchement conservateur. Figure d’un capitalisme familial à l’ancienne typique de la côte est, le président populiste entend défendre le « bon sens » de l’homme ordinaire contre les « élucubrations » de ceux qui ont « perdu la tête » – hier, les wokes ou les spécialistes du climat, aujourd’hui, Musk lui-même. En matière d’avenir, son nationalisme vise surtout la restauration de l’identité américaine blanche et chrétienne de l’Amérique, en stoppant l’immigration. Si Musk n’est pas tendre avec les clandestins, il s’inquiète du tarissement du flux international de cerveaux indispensables à l’innovation. Bancale, l’alliance « futuriste réactionnaire », comme l’appelle l’essayiste Ross Douthat dans The Decadent Society, est en train de craqueler. Musk a dit « regretter certains de ses messages » – ce que Trump a trouvé « très gentil ». Mais l’idée de « créer un nouveau parti politique » est plantée. La brouille pourrait bien redistribuer les cartes de la politique américaine.