Cahier central
Régénérer la démocratie avec “La Société ouverte et ses ennemis”, de Karl Popper
Karl Popper. © Lucinda Douglas Menzies/Wikimedia Commons
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Cet article est issu du numéro 192 de Philosophie magazine, en kiosque le 21 août 2025.
À l’heure où la démocratie dérive, toute action pour lui maintenir la tête hors de l’eau est la bienvenue. C’est ce que font les éditions Les Belles Lettres en retraduisant La Société ouverte et ses ennemis de Karl Popper, qui paraît en octobre. Dans ce texte, le philosophe établit une distinction entre « société close » – hiérarchisée et favorisant les idéologies fascistes – et « société ouverte » – pluraliste, progressiste et tournée vers l’avenir. Avant d’en retrouver des extraits dans le cahier central de notre nouveau numéro, nous vous en proposons une préface.
Faire l’éloge de la tolérance, associer théorie du complot et conception magique de l’histoire, défendre la démocratie… Autant de propositions qui peuvent paraître bien surannées, alors que se multiplient désormais les débats « sans tabou » où l’on n’hésite pas à se demander si les dominants et les privilégiés n’en auraient pas encore un peu sous le coude pour sauver l’humanité – enfin, surtout celle de leur clan. Ne mériteraient-ils pas, histoire qu’on leur lâche enfin la grappe et le yacht, qu’on jette une bonne fois pour toutes ce fichu régime égalitaire et pseudo-participatif à la poubelle ? Karl Popper, du haut de son expérience traumatique de la Seconde Guerre mondiale, ne l’entendait toutefois pas de cette oreille. Et c’est pourquoi il écrit en 1945 La Société ouverte et ses ennemis.
Exilé dès 1937 en Nouvelle-Zélande où il obtient un poste d’enseignant à l’Université, il délaisse la réflexion épistémologique pour entamer le versant politique de son œuvre. Il se lance dans la rédaction de La Société ouverte et ses ennemis en 1938, le jour où il apprend la nouvelle de l’invasion de son Autriche natale. Dans l’urgence de l’événement, il se penche sur les origines idéologiques du totalitarisme, en s’attaquant de façon provocatrice à trois monstres sacrés de la philosophie : Platon, Hegel et Marx. Mais comme il l’annonce dans la préface de la première édition : « Si notre civilisation doit survivre, il nous faut rompre avec l’habitude de déférence à l’égard des grands hommes. Les grands hommes peuvent faire de grandes erreurs, et, comme ce livre s’efforce de le montrer, certains des plus grands maîtres du passé ont apporté leur soutien à l’éternelle offensive menée contre la liberté et la raison. »