La grande question
L’ennemi de mon ennemi peut-il être mon ennemi ?
© Javier Miranda/Unsplash
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Une assemblée nationale divisée en trois blocs inconciliables en France, une lutte armée en Syrie où les adversaires djihadistes de Bachar el-Assad se font la guerre entre eux, une situation politique internationale où le « Sud global » tend à s’opposer aux forces de l’« Occident global » autant qu’à celles de l’ « Est global »… À toutes les échelles, la situation politique actuelle semble faire émerger ici ou là une tripolarité inédite. Son principe ? L’ennemi de mon ennemi est … mon ennemi. Mais cette formule est-elle viable ?
« L’ennemi de mon ennemi est mon ennemi » : une telle idée peut-elle conduire à autre chose qu’au chaos en politique ? Pourquoi est-il parfois impossible de trouver des alliances entre deux parties au point que la structure ternaire, pourtant plus instable ou impossible à tenir d’un point de vue logique, s’impose ?
Au commencement était le “deux“
Cette interrogation pose le problème fondamental de la structuration première des choses. Dans La Polarité (1925), le philosophe et théologien Romano Guardini montre, en s’appuyant notamment sur les travaux scientifiques de Goethe comme La Métamorphose des plantes (1789), que la polarité, définie comme « un rapport particulier, dans lequel à chaque fois deux déterminations s’excluent réciproquement tout en restant liées », est un principe partout observable dans la nature. La fertilité d’une relation vient de ce que ce qui semble contradictoire se révèle n’être en fait que contraire, et qu’une harmonie cachée travaille à la résorption des oppositions – sans annihilation des différences comme dans la dialectique totalisante hégélienne – pour produire, à une autre échelle, une nouvelle structure stable.