Des classiques éclairent le présent
Quand les philosophes justifient le tyrannicide
Sculpture des “Tyrannoctones” (tyrannicides) Harmodios et Aristogiton d’Athènes, assassins du tyran athénien Hipparque. Copie romaine en marbre d’un groupe réalisé en bronze en 477-476 avant J.-C. Collezione Farnese, musée archéologique de Naples. © Luisa Ricciarini/Bridgeman Images
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La tentative d’assassinat qui a visé Donald Trump a été unanimement condamnée. En attendant d’en savoir davantage sur les motivations de l’assaillant, revenons sur les différentes manières dont le « tyrannicide » a été légitimé au cours de l’histoire.
Peut-on légitimer un homicide politique ? Ou, pour poser la question à la manière de ces expériences de pensée qui posent des dilemmes moraux : à quelles conditions le meurtre d’un responsable politique peut-il être moralement justifiable ?
L’idée a de quoi choquer tout bon démocrate, dès lors que la démocratie s’enorgueillit de refuser toute forme de violence au profit du respect de l’intégralité des citoyens et de l’État de droit. Il n’existe d’ailleurs pas de terme équivalent démocratique (« présidencide » ?) à ce que le régicide représente pour la monarchie, à savoir l’assassinat de l’individu qui se tient au sommet du pouvoir : le terme « magnicide » existe, certes, mais il désigne indifféremment l’assassinat de toute personne publique d’importance, quelle qu’elle soit. Même le principe de « résistance civile » d’un Thoreau par exemple ne prône aucune résistance criminelle.
Les vertus antiques du tyrannicide
Plutôt que le régicide en tant que tel, c’est le tyrannicide qui fait l’objet de récurrents débats dans l’histoire de la pensée politique, et qui est défendu par plusieurs penseurs. La manière la plus efficace de s’opposer à un pouvoir tyrannique, selon eux, consiste en effet à tuer le tyran. Les démocrates de la Grèce Antique, notamment, vantaient les mérites de ceux qui s’en prenaient physiquement aux individus voulant s’accaparer le pouvoir. C’est le cas d’Harmodios et Aristogiton, le duo auteur du meurtre d’Hipparque (le fils du tyran Pisistrate), qui furent traités comme de véritables héros après la chute de la tyrannie d’Hippias et des Pisistratides, puis le rétablissement de la démocratie. Ceux qu’on désigne aussi sous le nom de « Tyrannoctones » se sont ainsi vu ériger un groupe statuaire en leur honneur au début du Ve siècle avant J.-C., leurs figures dressées sur l’agora devenant un symbole important d’Athènes, régulièrement reproduit sur des vases par exemple. Le meurtre qu’ils commirent, raconté par Thucydide (Histoire de la guerre du Péloponnèse, VI) et Aristote (Constitution d’Athènes, 18), les rendit d’autant plus populaires dans les légendes athéniennes qu’ils furent mis à mort une fois leur forfait commis.