Justice
Procès des viols de Mazan : qu’est-ce qu’un pervers ?
Portrait dessiné de Dominique Pelicot réalisé le 11 septembre 2024 au tribunal d’Avignon. © Benoit Peyrucq / AFP
Cet article est réservé aux abonnés.
Accusé d’avoir drogué sa femme et lui avoir fait subir des viols à répétition par des inconnus, Dominique Pélicot a eu le culot, lors de son procès, d’affirmer, en singeant une formule de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas pervers, on le devient. » Mais comment définir la perversité dans une société libérale ? Le philosophe Thomas Nagel donne ici des éléments de réponse.
Un mot revient régulièrement lorsqu’il est question du procès ultra-médiatisé de Mazan : « pervers ». Comment qualifier autrement Dominique Pélicot, accusé d’avoir drogué son épouse pour lui faire subir des viols répétés par des inconnus et d’avoir lui-même violé une femme dans les mêmes circonstances, ainsi que les 83 hommes qui ont accepté sa proposition ignoble ? Le mari de Gisèle Pélicot emploie lui-même le terme : « On ne naît pas pervers, on le devient », a-t-il déclaré lors de sa première audition, singeant Simone de Beauvoir.
Mais qu’est-ce qu’un pervers ? S’il semble évident que certaines inclinations relèvent de la perversion sexuelle, il est difficile d’en donner une définition claire. Qui est-on pour déclarer perverse telle ou telle pratique ? Notre société, soucieuse de s’émanciper du carcan religieux, refuse de condamner certains désirs au nom de la morale. Vouloir définir une sexualité « normale », n’est-ce pas prendre le risque de retomber dans des catégorisations oppressives ? Par le passé, les relations homosexuelles étaient considérées comme une perversion ; la sexualité se devait de rester hétéro et d’être exercée, comme le prônait l’Église, dans un but reproductif. Aujourd’hui, on a tendance à croire que tout désir doit pouvoir être assumé tant qu’il ne blesse personne. Si vous êtes fétichiste des chaussures, vous ne faites de mal à personne, plaide le libéral. Un flou d’ailleurs utilisé par les agresseurs pour se défausser : « Je ne pensais pas lui faire de mal », « je pensais que c’était un jeu libertin entre eux… » Si certaines personnes sont attirées par des corps inanimés et qu’une personne inanimée a donné son consentement à être pénétrée dans son sommeil, est-ce en soi un problème ?