France / Justice

Viols de Mazan : #notallmen ?

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Viols de Mazan : #notallmen ?

Avignon (84), le 2 septembre 2024. Le collectif féministe “Les amazones d’Avignon” manifeste devant le palais de justice, à l’occasion du procès des 51 accusés dans l’affaire dite des “viols de Mazan”. © Christophe Simon/AFP

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Cet article est issu du numéro 183 de Philosophie magazine, en kiosque le 26 septembre 2024.

Dans le procès des viols de Mazan qui se tient à Avignon, la plupart des 51 accusés nient la gravité de leurs actes et jouent la solidarité. Une attitude qui soulève une question : « tous les hommes » sont-ils comme ça ?

 

Infirmier, journaliste, chauffeur-livreur, sapeur-pompier, électricien, retraité, chef de chantier… Cet inventaire à la Prévert est en réalité la sinistre litanie des métiers exercés par les hommes présents sur le banc des accusés dans ce que l’on appelle l’« affaire des viols de Mazan ». Comme un panel, exclusivement masculin, de la société française. De quoi interroger la pertinence d’une réponse, fréquente sur les réseaux sociaux lorsqu’il s’agit de violences sexistes et sexuelles, condensée dans le hashtag #notallmen. Résumé de « tous les hommes ne sont pas comme ça », ce mot clé est apparu au milieu des années 2000 sur Internet et s’est largement répandu en 2017, en réponse à la vague de témoignages #metoo.

Ce qui frappe dans les comptes rendus du procès, c’est la façon dont la majorité des 51 accusés fuient leurs responsabilités en avançant que non, il ne pouvait y avoir viol, puisque le mari était présent. Certains vont jusqu’à se présenter comme des victimes, trompées, en quelque sorte, sur la « marchandise ». Ceux qui ne s’étaient jamais rencontrés avant le début du procès se saluent désormais d’un « check », décrit Le Parisien. Not all men ? Peut-être. Mais les auteurs de violences et de crimes sexuels sont loin de ressembler au monstre tapi au fond d’un parking que le folklore décrit. Ils sont au contraire statistiquement bien plus proches du « bon père de famille » conceptualisé par l’essayiste et militante féministe Rose Lamy, soit un homme socialement inséré, avec une famille et des amis qui ne soupçonnent parfois rien. À commencer par Dominique Pélicot, qui a « offert » sa femme en pâture, peut-être même sa fille. Le violeur n’a ainsi rien d’une anomalie, et le monde (des hommes) ne se diviserait pas en deux catégories, entre le « bon » et la « brute », mais se déclinerait plutôt en tout un nuancier qui irait du type qui n’a rien à se reprocher jusqu’au violeur condamné, en passant par celui qui insulte anonymement des femmes sur Internet ou n’intervient pas lorsqu’il en voit une se faire harceler dans la rue. 

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