Analyse
Affaire de Mazan : le procès du patriarcat ?
Gisele Pélicot arrive au palais de justice d'Avignon, mardi 17 septembre 2024. © Diane Jantet/AP Photo/Sipa
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Cet article est issu du numéro 184 de Philosophie magazine, en kiosque le 24 octobre 2024.
L’affaire dite des « viols de Mazan », jugée depuis début septembre, bouleverse la France. Au-delà de la gravité des faits, ce procès semble révéler l’état profond de la société et jeter un trouble sur nos certitudes ancrées.
« Je suis un violeur, comme ceux qui sont dans cette salle. » Au premier jour de sa comparution devant la cour criminelle du Vaucluse à Avignon, Dominique Pélicot a reconnu « l’intégralité des faits ». Cet homme de 71 ans a, pendant des années, drogué sa femme Gisèle Pélicot pour la faire violer, inconsciente, par des inconnus.
En quelques semaines, le procès de Mazan est devenu une affaire nationale. Malgré son caractère exceptionnel par la nature des faits et leur ampleur – une cinquantaine d’accusés –, de nombreux observateurs voient dans cette affaire un miroir grossissant des mécanismes de domination patriarcale. Une thèse qui ne fait pas l’unanimité. Voici quatre arguments venant à l’appui de cette interprétation, qui incitent à repenser la définition juridique du viol.
1. Domination et solidarité masculine
Si la définition du mot « patriarcat » n’est pas fixée anthropologiquement, elle qualifie, pour les féministes, les sociétés où les positions de pouvoir sont détenues par les hommes et où les femmes sont victimes de discriminations et de violences structurelles. « Patriarcat » est synonyme de « domination masculine », une domination qui se perpétue notamment grâce à l’entre-soi masculin. Dans son livre Masculinités (1995, trad. fr. Éd. Amsterdam, 2014), la sociologue australienne Raewyn Connell met en lumière les ressorts d’une telle solidarité de genre. Elle distingue quatre types de relations entre hommes : hégémonie, subordination, complicité, marginalisation.