Claude Lefort inédit

Préface à “Qu’est-ce que la démocratie ?” : “Pour Claude Lefort, la démocratie ne se confond ni avec le capitalisme ni avec le libéralisme”

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Préface à “Qu’est-ce que la démocratie ?” : “Pour Claude Lefort, la démocratie ne se confond ni avec le capitalisme ni avec le libéralisme”

Claude Lefort. ©Hannah Assouline/Opale.photo

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Cet article est issu du numéro 185 de Philosophie magazine, en kiosque le 05 décembre 2024.

Gilles Bataillon et Martin Legros, spécialistes de l’œuvre de Claude Lefort dont on fête cette année le centenaire de la naissance, présentent “Qu'est-ce que la démocratie ?”, texte inédit du philosophe politique d’une actualité toujours brûlante, vingt-cinq ans après sa rédaction.

 

Nous ne savons pas vraiment ce qu’est la démocratie. Lorsqu’elle est bien en place, elle nous semble aller de soi, comme une évidence partagée qu’il n’est pas nécessaire d’interroger et de défendre, et dont nous nous plaisons à dénoncer les limites et les contradictions plutôt qu’à en explorer les potentialités et les ressorts. Lorsqu’elle est menacée, comme aujourd’hui aux États-Unis avec la victoire de Donald Trump et partout dans le monde avec la montée des populismes autoritaires, nous avons du mal à identifier les garde-fous – y en a-t-il ? – susceptibles de faire barrage à ses fossoyeurs. La pensée et l’œuvre de Claude Lefort sont sans doute un excellent remède à cette incurie. Et la publication de ce texte posthume et inédit – Qu’est-ce que la démocratie ? –, qui a servi de base à une conférence qu’il donna à Séoul en Corée du Sud, en 1999, vient à point nommé dans le climat d’inquiétude actuelle sur l’avenir de la démocratie.

Nous étions alors apparemment dans un contexte tout autre. Le mur de Berlin était tombé depuis dix ans, mettant fin à la guerre froide, le modèle du communisme s’était effondré comme un château de cartes, la démocratie libérale, associant économie de marché et institutions représentatives, paraissait incarner le modèle ultime et « la fin de l’Histoire », selon la formule de Francis Fukuyama. La mondialisation libérale était une promesse qui n’avait pas encore révélé ses effets ravageurs, avec l’explosion des inégalités, la mise en concurrence des peuples et des territoires, tandis que les angoisses liées au réchauffement climatique et à l’immigration ne focalisaient pas encore l’attention. Sans compter que le terrorisme islamique n’avait pas encore ébranlé la première puissance mondiale… Or, justement, dans ce climat de confiance débridée du début des années 2000, c’est une leçon doublée d’un avertissement que lançait alors Claude Lefort. La démocratie ne se confond ni avec le capitalisme ni avec le libéralisme, soutient-il avec force arguments. Et ceux qui la réduisent à une compétition ouverte – économique et politique – au plus méritant, en négligeant l’aspiration à l’égalité, la revendication des droits, le besoin de sécurité du plus grand nombre, mais aussi et surtout le tumulte nécessaire de la vie démocratique, précipitent le nationalisme et l’autoritarisme. À l’heure où la Chine de Xi Jinping confond en un seul modèle la logique du capitalisme dérégulé et celle du parti totalitaire, et où la Russie de Poutine met son économie au service d’une politique de puissance impériale destructrice de toutes les libertés et de toutes les indépendances démocratiques, la mise en garde conserve toute sa vigueur. La démocratie, le libéralisme, le capitalisme et le totalitarisme ont une histoire liée et opposée. Et, face aux menaces internes et externes qui se multiplient, la réflexion sur la nature propre de la démocratie retrouve toute son urgence.

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“Qu’est-ce que la démocratie ?” Le texte inédit de Claude Lefort
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