Société

Pour une éthique et une politique de l’aidance

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Pour une éthique et une politique de l’aidance

Une aidante taille la barbe d’un homme âgé à son domicile. © Éric Beracassat/Hans Lucas

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Alors que la génération du baby-boom bascule dans le grand âge, une figure qui était autrefois reléguée à la sphère domestique émerge dans le débat public : l’aidant. Entre don de soi et épuisement, cette expérience de la dépendance partagée redéfinit profondément notre idée de l’individu et notre manière de vivre en commun.


 

Ils sont nés dans l’élan de la reconstruction de l’après-guerre, ont porté les espoirs de Mai-68, inventé le culte de la jeunesse éternelle et de l’émancipation souveraine... et voici maintenant les mamy et papy-boomers qui entrent, progressivement, dans l’âge de la dépendance. Mais ils n’y entrent pas seuls, car derrière chaque trajectoire de vie qui décline se tient souvent un proche propulsé dans le rôle d’« aidant » : fils, fille, conjoint, ami, contraint d’improviser une vocation que personne ne lui a apprise. Si ingrat qu’il sonne à nos oreilles, le mot « aidance » s’est imposé et pose un problème philosophique nouveau dans la mesure où il interroge notre idéal de l’individu autonome. En nous occupant de nos aînés, nous ne nous contentons pas de gérer un problème de santé publique. Nous réapprenons ce que signifie être humain dans un monde de vulnérabilités.

Sortir du mythe de l’autosuffisance

Pour comprendre l’aidance, il faut d’abord déconstruire le piédestal sur lequel la modernité a placé l’individu. Depuis les Lumières, nous nous pensons comme des êtres rationnels, indépendants et contractuels. Or, comme le souligne la philosophe américaine Joan Tronto dans son ouvrage Moral Boundaries (1993, trad. fr. Un monde vulnérable, La Découverte, 2009), cette autonomie est une illusion ou un mythe. Théoricienne de ce qu’on appelle l’éthique du care (c’est-à-dire du soin ou de la sollicitude), Tronto nous rappelle que l’être humain est, par définition, en état de dépendance de sa naissance à sa mort. L’aidant n’est donc pas une exception dans un monde de gens valides mais le révélateur d’une vérité anthropologique, à savoir le fait que nous sommes des êtres relationnels.

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