Entretien

Paul Audi : “L’antisémitisme prouve une fois de plus que l’identité expose le sujet à un danger mortel”

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Paul Audi : “L’antisémitisme prouve une fois de plus que l’identité expose le sujet à un danger mortel”

Paul Audi, lauréat du prix Femina essais pour son livre “Tenir tête” (Stock, 2024), le 5 novembre 2024. © Olivier Dion/LH/Opale.photo

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Comment parler de la montée actuelle de l’antisémitisme ? Avec son livre Tenir tête (Stock, 2024) qui vient de remporter le prix Femina du meilleur essai, Paul Audi propose une approche originale : un échange épistolaire entre deux vieux amis français, un Juif athée et un athée non juif, qui correspondent au sujet de la relance de la guerre israélo-palestinienne depuis le 7 octobre. Un dialogue précis et éclairant qui n’esquive rien de la complexité de la situation. 


 

Votre ouvrage est-il un témoignage ou un essai ?

Paul Audi : J’ai choisi de tisser ces deux dimensions ensemble. En m’appuyant sur différentes disciplines – histoire, psychanalyse, théologie et philosophie – j’ai étudié les racines de la judéophobie en Orient ainsi que dans les relations complexes que les sociétés orientales ont traditionnellement entretenues avec l’Occident. Mais comme la littérature se doit de témoigner pour tous ceux qui ne se sentent pas autorisés à le faire, mon livre se propose également de décrire ce qui a été vécu par beaucoup d’entre nous, en France, au lendemain des massacres du 7 octobre dans le sud d’Israël, que l’on soit juif ou non. C’est donc l’onde de choc de ces massacres qui m’a intéressé, étant convaincu que les réactions immédiates à l’événement font partie de l’événement lui-même. D’ailleurs, le pogrom a été conçu par les terroristes du Hamas en prévision de ces réactions, y compris de la réponse militaire d’Israël, un État abhorré qui, du côté arabe mais pas seulement, doit être constamment poussé à la faute et dont la malignité doit aussi être révélée à chaque occasion – par exemple, en le contraignant à faire un usage excessif de la force contre une population transformée en boucliers civils.

“Je suis convaincu que les réactions immédiates à l’événement font partie de l’événement lui-même. D’ailleurs, le pogrom du 7 octobre a été conçu par les terroristes du Hamas en prévision de ces réactions”

 

Il est très rare d’adopter le genre épistolaire, surtout en fiction, pour rédiger un essai. Pourquoi ce choix ? 

Je l’ai fait pour au moins deux raisons. D’abord, j’ai voulu écrire un livre où le récit de certains événements se mêlerait à la réflexion, mais où l’amitié, l’entraide, la parole donnée et écoutée auraient aussi, et surtout, une place de choix. Parce que c’est à la fois ce dont nous avons ressenti le besoin dans le désarroi que nous avons vécu – quand tout vacille autour de soi, on a besoin de compter ses amis et de compter sur eux –, et parce que, quand on traite d’un sujet aussi étouffant que la haine identitaire, il est important de mettre en lumière ce qui en est l’exact contrepoint : l’amitié, justement, l’empathie, la compréhension - la complicité qui n’efface pas la différence des points de vue. Ensuite, il me fallait montrer comment l’angoisse grandit en fonction des effets que l’événement déclencheur produit dans la réalité, effets qui n’ont cessé de varier dans le temps, au gré de la conduite de la guerre, de l’augmentation quotidienne du nombre de victimes civiles, de la prolongation de la détention des otages, des prises de position officielles des parties impliquées dans le conflit, et surtout, puisque c’était mon sujet, de l’effet boule de neige des manifestations antijuives qui ont eu lieu et continuent d’avoir lieu sous couvert d’antisionisme. Bref, il s’agissait d’inscrire le temps dans la prise de parole – ce temps de la réflexion qui est la bête noire des réseaux sociaux où tout est réaction immédiate – en montrant, par exemple, comment ce qui pouvait paraître évident en novembre 2023 le devenait beaucoup moins en mars 2024...

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