L’inconnue célèbre

Ninon de Lenclos ? Courtisane, certes, mais surtout philosophe

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Ninon de Lenclos ? Courtisane, certes, mais surtout philosophe

Portrait d’Anne de Lenclos, dite Ninon ou Mlle de Lenclos (détail), par un anonyme du XVIIIe siècle. Huile sur toile, 64.5 × 54 cm. Conservé au National museum de Stockholm (Suède). © Domaine public

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Souvent réduite à la figure de la courtisane voluptueuse, Ninon de Lenclos, qui a vécu au XVIIe siècle, est aujourd’hui redécouverte comme une penseuse oubliée de l’art de vivre, du plaisir, de l’autonomie féminine et de la lucidité morale. Une philosophe sans système, mais non sans audace.


 

Commençons par rappeler ce qu’est une « courtisane », à l’âge classique : ni une simple libertine ni une prostituée au sens ordinaire, mais plutôt une femme qui, alliant beauté et culture, entretient de façon plus ou moins libre des relations galantes avec des aristocrates ou des hommes proches du pouvoir.

Anne dite « Ninon » de Lenclos (1620-1705) est de celles-là. Aristocrate de naissance mais ruinée, elle a su user de ses charmes et de ses talents de conversation pour faire sa place dans les milieux mondains, au point d’être parfois surnommée aujourd’hui « la courtisane du Grand Siècle ». Voltaire raconte par exemple qu’elle inspira ses vers au savant hollandais Christian Huygens, que l’on ne savait pas si grivois :

Elle a cinq instruments dont je suis amoureux ;
Les deux premiers, ses mains ; les deux autres, ses yeux.
Pour le plus beau de tous, le cinquième qui reste,
Il faut être fringant et leste.

Christian Huygens, mathématicien, astronome et physicien hollandais (1629-1695)

Louée par ses contemporains

Toutefois, cette réputation n’est-elle pas trompeuse, ou du moins réductrice ? C’est ce que montre Myriam Bernier dans la monographie qu’elle lui a récemment consacrée sous le titre Ninon de Lenclos. Une morale du désir (Classiques Garnier, 2025). Elle établit qu’aux yeux de ses contemporains, Ninon se démarquait surtout par une intelligence hors du commun. On savait déjà qu’elle était au cœur de la vie intellectuelle parisienne : amie de Molière au point qu’il la chargea de corriger son Tartuffe, elle tint un salon très fréquenté par la plupart des grands esprits de son temps et fut considérée de son vivant comme une véritable philosophe.

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