Vertiges
Nagasaki, ou la gravité d’un petit gramme. La chronique d’Étienne Klein
Explosion atomique à Nagasaki le 9 août 1945. ©Domaine public.
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Cet article est issu du numéro 190 de Philosophie magazine, en kiosque le 28 mai 2025.
Quatre-vingts ans après la tragédie, comment imaginer que l’explosion de la seconde bombe atomique sur le Japon ait été provoquée par la transformation en énergie d’une toute petite masse de plutonium ?
De passage à Nagasaki, j’ai parcouru la ville à pied afin de mieux éprouver son âme. En ce 15 avril 2025, elle était ensoleillée, manifestement calme, propre, élégante. Elle semblait même « respirer la paix » bien plus que nombre d’autres grandes cités, comme si le traumatisme de ce qui avait été vécu ici il y a près de quatre-vingts ans persistait à lui servir de leçon suprême.
Car, comme chacun le sait, c’est en ce lieu que le 9 août 1945, en une fraction de seconde, la physique la plus abstraite est venue tragiquement s’accoupler à la dévastation la plus concrète, trois jours seulement après le désastre inaugural de Hiroshima, similaire dans l’ordre de l’impensable.