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Michaël Fœssel : “On est entré dans l’ère des valeurs, par opposition aux principes”

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Michaël Fœssel : “On est entré dans l’ère des valeurs, par opposition aux principes”

© Benoît Tessier/Reuter

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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine, en kiosque le 11 juillet 2024.

Dans Récidive. 1938 (PUF, 2019), le philosophe Michaël Fœssel a tiré une analogie entre les années 1930 et notre époque, risquant « un diagnostic du présent instruit par l’histoire ». Pour lui, la percée de l’extrême droite s’explique par une victoire dans le champ de la morale. 

 

Comment comprendre la tentation du vote à l’extrême droite, qui semble mêler paradoxalement la recherche d’ordre à la volonté de tout renverser ? 

Michaël Fœssel : Il faudrait le confirmer au regard d’études sociologiques, mais il me semble que les électeurs du Rassemblement national [RN] perçoivent la politique telle qu’elle a été menée ces dernières années avec un sentiment d’humiliation et de mépris, mais aussi de désordre. La période historique dont nous sortons, initiée avec la crise des « gilets jaunes », puis le Covid, puis la guerre en Ukraine et à Gaza, nous a inscrits dans une urgence permanente, accrue par les nouveaux moyens de communication et d’information, ainsi que par l’instrumentalisation systématique des faits divers. Notre expérience de la temporalité est heurtée, brisée sans cesse par de nouveaux événements, par des effets de stupeur. Je serais tenté de comprendre la pulsion d’ordre qui commande le désir d’extrême droite par le souhait que plus rien ne se passe, qu’on sorte de cette événementialité épuisante. L’extrême droite a longtemps surévalué le « surhomme », elle tirerait plutôt aujourd’hui vers le « dernier homme », victime de ce rythme effréné. Elle se projette dans la représentation de la France des années 1950, dans l’imagerie d’une période où les événements se donnaient avec une moindre sidération. Il faut reconnaître qu’Emmanuel Macron a gouverné par le choc, dans une temporalité disruptive permanente, avec la volonté d’aller, selon la formule convenue, « plus vite et plus fort ». Je perçois ce que Nietzsche appelait une « immense fatigue » dans le vote pour le RN, un énervement qui se monnaye en désir de relâchement pulsionnel.

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