Parcours
Luke Farritor, le “Champollion américain” devenu agent d’Elon Musk
Luke Farritor. © Vesuvius Challenge/Cover Images/Sipa
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C’est l’histoire d’un jeune homme de 23 ans qui s’est fait connaître pour avoir déchiffré le parchemin d’un philosophe épicurien en se servant de l’IA… et qui vient d’être recruté par Elon Musk pour intégrer une équipe de jeunes informaticiens. Sa nouvelle mission ? Mettre la main sur l’État fédéral étatsunien. Comment Luke Farritor est-il passé du statut de « nouveau Champollion » à celui d’agent de la mise au pas des services publics ? Portrait.
Luke Farritor est incontestablement un « crack » de l’informatique. Il y a un an et demi, alors qu’il était âgé de 21 ans et étudiait à l’université (publique) du Nebraska à Lincoln, il avait suscité l’admiration du monde entier en relevant le « Vesuvius Challenge ». Ce défi mettait à l’épreuve les chercheurs du monde entier afin d’aider au déchiffrement des papyrus d’Herculanum, dont les images numérisés de deux rouleaux – sur plusieurs centaines découverts au cours du XVIIIe siècle – avaient été mis en ligne à la disposition du grand public. Ces papyrus, carbonisés et extrêmement fragiles, ont été tellement endommagés par l’éruption du Vésuve en 79 de notre ère que, depuis des siècles, les meilleurs spécialistes désespéraient de pouvoir en tirer quelque chose.
L’hypothèse de Luke Farritor était brillante : selon lui, la présence de certaines craquelures spécifiques sur un fragment pouvait s’expliquer par la présence antérieure d’encres, et donc d’une écriture. Assisté de Youssef Nader, doctorant égyptien à l’Université libre de Berlin, de Julian Schilliger, ingénieur suisse en robotique, et de beaucoup d’intelligence artificielle, il était ainsi parvenu à révéler plusieurs passages d’une centaine de caractères. À l’époque – pas très lointaine, donc, puisque cela ne remonte qu’à 2023 – de la révélation de sa découverte, Farritor avouait avoir été ému aux larmes quand il avait compris que sa méthode fonctionnait, et il se réjouissait à l’idée de voir advenir ce qu’il considérait comme un « bouleversement profond de notre compréhension du monde antique ». Un nouveau chercheur de génie était-il né ? Il avait en tout cas acquis un grand prestige dans le monde universitaire… et touché au passage quelques centaines de milliers de dollars. Quant au contenu du texte, notons pour l’anecdote qu’il a été identifié comme étant l’œuvre du philosophie épicurien Philodème de Gadara (vers 110-vers 40 avant J.-C.), syrien de langue grecque, se livrant à un éloge des plaisirs sensibles et, inversement, à une critique contre l’insuffisance de l’école stoïcienne qui n’auraient rien à dire sur la nature du plaisir…