La petite question

Le véritable homme de bien est-il la mère de famille nombreuse ?

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Le véritable homme de bien est-il la mère de famille nombreuse ?

Une femme mère de sept enfants à Nipomo en Californie en 1936. ©Dorothea Lange/ Library of Congress

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À côté des figures connues et célébrées du héros, du sage stoïcien ou du surhomme, la philosophie a négligé d’autres visages du bien, moins visibles. D’où la proposition de la philosophe Iris Murdoch : et si la vraie figure morale était à chercher du côté des gens simples comme « certaines mères de famille nombreuse » à la générosité silencieuse ?


La philosophie morale a toujours eu besoin d’un visage. Non d’un visage quelconque mais d’un visage remarquable, érigé en modèle à suivre. Rappelons d’abord trois de ces figures.

Le panthéon des hommes de bien selon la tradition philosophique : 

  • Celle d’Aristote d’abord, qui admire le megalopsychos, le « magnanime » : celui qui a une juste et haute idée de lui-même, qui aspire aux grandes choses, qui mérite les grands honneurs et le sait. C’est une figure de la prestance, qui marche sans hâte, parle d’une voix ferme et ne s’abaisse pas aux petites affaires. Sa vertu visible, presque sculpturale, s’expose.
  • Le sage stoïcien, de son côté, radicalise autrement cette grandeur. Le sophos d’Épictète ou de Marc Aurèle est un être quasi divin : impassible face à la douleur, à la mort, à l’esclavage même, il reste libre intérieurement quand tout autour de lui s’effondre. Sa maîtrise de soi est une performance permanente de la raison sur le corps, de la volonté sur le destin. Il incarne la vertu comme victoire sur soi, sur les circonstances, sur la fortune. Et cette victoire triomphale, elle aussi, se voit.
  • Nietzsche, enfin, retourne le tableau mais en conserve la logique : son surhomme (Übermensch) n’est pas un sage mais quelqu’un qui crée ses propres valeurs au lieu de les recevoir. Cependant, il reste, lui aussi, une figure de la puissance et de l’excès qui déborde, qui tranche, qui laisse sa marque sur le monde. La bonté « des troupeaux » lui inspire un souverain mépris, précisément parce qu’elle est invisible, passive, consentante.
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