Mythologies
Le personnage du “prof de philo” au cinéma, un donneur de leçons… désemparé
L’avenir de Mia Hansen-Løve, avec Isabelle Huppert et Roman Kolinka. ©L.Bergery
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Surreprésenté au cinéma, le « prof de philo » incarne souvent des clichés que s’est amusée à repérer Mariangela Perilli dans son ouvrage Le prof de philo fait son cinéma (LettMotif, 2025). Frédéric Manzini, lui-même professeur de philosophie, s’est inspiré de la démarche pour revisionner six films qui ont contribué à forger cette figure devenue presque « mythologique ». Il en ressort un personnage moins caricatural qu’on ne pourrait le croire.
C’est un fait assez remarquable : outre les films proprement biographiques comme Le Jeune Karl Marx (2017), Agora (2010), Le Destin (1997), Hannah Arendt (2013) ou Les Derniers Jours d’Emmanuel Kant (1996), il existe un grand nombre de films qui comptent un ou des professeurs de philosophie parmi leurs personnages. The Philosophers (2022, aussi connu sous les titres After the Dark et La Relève), Noce blanche (1989), Fever (2015), Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) (1996), L’Ennui (1998), Alice et le maire (2018), Nos 18 ans (2007), La Grande Vie (2009), Hit Man (2024), Un beau matin (2022), etc.
Pourquoi un tel intérêt de la part du cinéma, surtout du cinéma français mais aussi du cinéma américain ? Et comment le professeur de philosophie y est-il représenté voire « surreprésenté », comme l’écrit Mariangela Perilli dans son ouvrage, en constatant qu’il n’y a pas d’équivalent chez leurs collègues d’autres disciplines ? D’apparence souvent négligée, attirant mais aussi légèrement inquiétant, imprévisible voire inclassable, le prof de philo figurerait physiquement l’héritier lointain de Socrate, estime-t-elle. Examinons plus en détail quelques cas précis à travers quelques films choisis.
“Ma nuit chez Maud” et “Conte de printemps” (Éric Rohmer, 1969 et 1990) : l’intellectuel austère et empêché
Alors qu’il a lui-même exercé le métier de professeur de lettres – même s’il a toujours été un grand amateur de philosophie –, c’est bien un professeur de philosophie qu’Éric Rohmer met en scène dans Ma nuit chez Maud (1969). Le personnage de Vidal, interprété par Antoine Vitez, n’est cependant qu’un second rôle par rapport au duo formé par Jean-Louis et Maud, interprétés respectivement par Jean-Louis Trintignant et Françoise Fabian. Il offre même un contrepoint à la troublante relation érotico-amicale qui se noue entre les deux personnages principaux, et qui se déroule la nuit dans une chambre et même dans un lit. Vidal s’est alors retiré car, après avoir dialogué avec Jean-Louis dans un café à propos de religion et de politique, autour des figures de Blaise Pascal et de Karl Marx, il préfère se retirer chez lui. Quel saisissant contraste entre les deux atmosphères, et combien le premier acte au café s’efface au profit du second, dans la chambre de Maud (au point de disparaître du titre du film) !