Analyse

“Le Déclin de l’Occident” d'Oswald Spengler : livre dangereux ou prophétique ?

Temps de lecture : 7 min

“Le Déclin de l’Occident” d'Oswald Spengler : livre dangereux ou prophétique ?

Exposé à la New York Historical Society, le tableau “La Destruction” du peintre américain Thomas Cole, issu de la série “Le Destin des empires” (1836), présente une vision du sac de Rome en 455. © FineArtImages/Leemage

Cet article est réservé aux abonnés.

Avec Le Déclin de l’Occident, son best-seller paru il y a cent ans, l’historien allemand Oswald Spengler propose de considérer les civilisations comme des organismes qui naissent, fleurissent, et finissent par mourir. Selon lui, l’Occident du début du XXe siècle est parvenu à son stade terminal et seul un nouveau césarisme le sauvera de la décadence. Nous avons passé en revue ses thèses principales… et leurs écueils qui influencent encore le débat public aujourd’hui.

Pour une révolution copernicienne en histoire

Spengler, qui s’est créé une vaste culture en autodidacte, déplore l’« occidentalocentrisme » des historiens de son temps. Il critique le découpage systématique de l’histoire en trois périodes – Antiquité, Moyen Âge, Temps modernes –, qui fait croire à une évolution vers le mieux emmenée par l’Occident victorieux. À ses yeux, les historiens sont aussi naïfs en trouvant le XIXe siècle après Jésus-Christ « infiniment plus riche et plus important que, par exemple, le XIXe siècle avant J.-C. ». Mais « la Lune nous apparaît plus grande que Jupiter et Saturne ». Il est temps que l’historien, comme l’astronome en son temps, se débarrasse des préjugés liés à sa position dans l’espace et dans le temps.

Les cultures sont des organismes vivants

Au lieu de présupposer un progrès infini de toutes les cultures mondiales (vers ce que nous sommes devenus, nous, Occidentaux), Spengler considère que les cultures « sont des organismes » vivants. Chacune « traverse les phases évolutives de l’homme », « chacune a son enfance, sa jeunesse, sa maturité et sa vieillesse ». Elle a une durée et un « tempo » propres, donc une certaine « durée de vie ». Si l’on sait comparer et observer, on peut donc « prédire l’avenir car il y a des cycles vitaux ». En effet, « des situations très précises, postérieures à notre situation actuelle […], ont déjà maintes fois existé dans l’histoire passée ». Et ce qui va arriver est parfaitement indépendant « de nos idéaux, nos espoirs, nos désirs personnels ». Inutile de rêver ou de faire croire à un sursaut de l’Occident : son déclin est un fait objectif. 

Nous les tardifs

Les cultures, jeunes et gauches, se transforment en civilisations, lourdes et sophistiquées. C’est le cas à toutes les époques, et c’est le stade qu’a atteint l’Occident : « Nous sommes des civilisés, non des hommes du gothique ou du rococo, nous avons à compter avec les faits durs et sévères d’une vie tardive, qui n’a pas son pendant dans l’Athènes de Périclès mais dans la Rome des Césars. Pour l’Européen occidental, il ne sera plus question d’une grande peinture ou d’une grande musique. Ses possibilités architectoniques sont épuisées depuis cent ans. » Nous sommes voués à jouer sur les codes du passé, et non plus à inventer. C’est le jugement qu’aurait porté Spengler sur la notion de post-modernisme. La « vie tardive, artificielle, déracinée », est déjà proche de la mort.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Absolu ConfucianismeDieuNihilisme Relatif Sophiste