L’hypothèse

La tapisserie de Bayeux : simple broderie ou arme de guerre ?

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La tapisserie de Bayeux : simple broderie ou arme de guerre ?

Tapisserie de Bayeux, réalisée entre 1070 et 1080 environ, scène 23 : Harold prêtant serment sur des reliques sacrées devant Guillaume, duc de Normandie. © Wikimedia Commons

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Alors que l’exposition actuelle de la tapisserie de Bayeux suscite un grand intérêt outre-Manche, la signification de cette longue pièce de lin interroge. Pourquoi mettre une guerre en images ? Peut-être parce qu’elle ne conserve pas seulement le souvenir d’une bataille, mais qu’elle en prolonge les enjeux politiques.


 

Passant outre les polémiques soulevées par l’opportunité de déménager une œuvre aussi fragile, Emmanuel Macron et le roi Charles III ont donc inauguré au British Museum, à Londres, l’exposition de la tapisserie de Bayeux. Une broderie historique à laquelle les philosophes ne se sont guère intéressés directement, l’abandonnant aux historiens de l’art, aux médiévistes et aux conservateurs.

Elle constitue pourtant un terrain philosophique exceptionnel, car la question n’est pas seulement de savoir ce que raconte cette longue broderie mais ce que fait un récit à ceux qui le regardent, et ce que le pouvoir peut faire d’un récit. Une guerre, en effet, ne s’achève jamais avec la mort des belligérants ; elle se poursuit dans les narratifs qui expliquent pourquoi les uns avaient raison et les autres tort.

Un document d’histoire ou une œuvre de “propagande” ?

Que raconte en effet la tapisserie ? Une histoire qui se déroule il y a presque un millénaire, plus précisément en 1066. Le roi anglais Édouard le Confesseur, mourant sans héritier direct, aurait promis sa succession à son cousin Guillaume, duc de Normandie. Cependant Harold, comte de Wessex, bien qu’il ait juré fidélité à Guillaume sur des reliques, choisit de s’emparer de la couronne et de devenir roi à la mort d’Édouard. Guillaume rassemble ses troupes et ses navires, débarque sur les côtes anglaises et livre la fameuse bataille d’Hastings. Harold est tué et c’est Guillaume qui est finalement couronné roi d’Angleterre.

Mais quand on sait que l’œuvre a probablement été commandée par Odon de Bayeux, le propre demi-frère de Guillaume le Conquérant grâce auquel il sera nommé évêque, on est en droit de se demander : est-ce un récit fidèle aux faits ou une œuvre de propagande politique ? La question est délicate, car le mot « propagande » appartient à un vocabulaire moderne et peut paraître anachronique. Si l’on entend par là non pas la manipulation médiatique au sens contemporain, mais la production organisée d’un récit destiné à légitimer un pouvoir, le rapprochement devient difficile à éviter. La tapisserie, en effet, ne dit pas seulement que Guillaume a vaincu Harold mais raconte pourquoi sa victoire mérite d’être comprise comme le rétablissement de la justice au terme d’une histoire commencée avec un serment et achevée par le châtiment d’un parjure. Elle prétend aussi énoncer le contenu précis du serment que Harold a fait à Guillaume, alors que la question fait encore aujourd’hui débat parmi les historiens.

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