Politique

La droite radicale a-t-elle le monopole du patriotisme ?

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La droite radicale a-t-elle le monopole du patriotisme ?

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Coïncidence ? La panthéonisation de Marc Bloch et la sortie du second volet du film sur De Gaulle tombent au moment même où la gauche se met à se réapproprier drapeaux et Marseillaise. Ces deux événements rappellent que le patriotisme français a toujours eu un visage complexe, critique et républicain. Une histoire qui invite à distinguer l’amour de la patrie du culte de l’identité.


 

L’image a surpris les observateurs de la vie politique française. Au cours des dernières semaines, et dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027, des responsables de gauche se sont mis à agiter le drapeau français, à entonner La Marseillaise et à revendiquer un « patriotisme » qu’ils avaient longtemps délaissé. On a ainsi vu Jean-Luc Mélenchon évoquer une « bataille patriotique » pour la nouvelle France, Raphaël Glucksmann célébrer l’attachement à la nation à travers la nécessité d’un « sursaut patriotique » et d’un patriotisme qu’il qualifie de « vrai », tandis que les socialistes renouent avec une rhétorique républicaine que l’on croyait abandonnée. D’un point de vue stratégique, l’objectif semble clairement être de disputer à l’extrême droite et à la droite radicale le monopole des symboles nationaux, et de rappeler que la gauche française s’est longtemps écrite au nom de la patrie républicaine. Mais cette réappropriation rouvre une question plus ancienne et plus difficile : le patriotisme appartient-il en propre à la droite radicale ? Et si l’on croit pouvoir opposer au nationalisme identitaire un patriotisme « inclusif », sur quelles bases philosophiques repose une telle distinction ?

Renan : la nation comme acte et non comme essence

On peut penser cette distinction en s’appuyant sur la pensée de l’intellectuel du XIXe siècle Ernest Renan. Dans sa conférence de 1882, Qu’est-ce qu’une nation ?, le philosophe et historien commence par écarter les fondements naturels comme la race, la langue, les intérêts, la géographie, la religion qui, explique-t-il, ne sauraient fonder une nation. Ce qui la constitue, c’est plutôt ce qu’il appelle un « principe spirituel », qui consiste en la mémoire commune d’un passé partagé et la volonté présente de le prolonger. Sa formule célèbre, selon laquelle la nation est un « plébiscite de tous les jours », exprime cette idée d’une adhésion sans cesse recommencée : la nation n’existe que par le consentement renouvelé de ses membres. Dans cette perspective, le patriotisme n’est pas fidélité à une identité figée, mais participation à une histoire en train de se faire. La nation est pour lui un fait politique et moral, et cette conception anti-essentialiste de la nation est compatible avec une lecture patriotique républicaine. Renan n’est pourtant pas un penseur naïvement cosmopolite et n’ignore pas qu’une nation a besoin d’une mémoire commune et d’une certaine continuité historique. Il ne s’agit donc pas de dissoudre les appartenances, mais de refuser d’en faire des essences intangibles.

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