Dossier / “La mort, autant s’y préparer”
Guillaume Durand : “L’idée qu’une aide active à mourir soit possible apaise infiniment les patients”
©Marcus Møller Bitsch
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Cet article est issu du numéro 194 de Philosophie magazine, en kiosque le 30 octobre 2025.
La loi sur la fin de vie, qui doit être discutée au Sénat cet automne après avoir été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, prévoit une aide active à mourir sous forme de suicide assisté. Le philosophe spécialiste d’éthique Guillaume Durand explique ce que cette disposition change à notre rapport à la mort.
Dans quel esprit cette loi a-t-elle été votée à l’Assemblée ?
Guillaume Durand : La loi débattue au Parlement introduit une « aide active à mourir » [AAM], centrée sur le principe du suicide assisté : le patient s’administre lui-même la substance létale. L’euthanasie pratiquée par le personnel médical resterait exceptionnelle, uniquement si le patient est physiquement incapable d’effectuer le geste. En France, cette AAM, déjà encadrée en Suisse ou en Belgique, s’accompagnera de critères stricts. Elle sera réservée aux personnes majeures, atteintes d’une affection grave et incurable, « en phase avancée », et souffrant d’une douleur physique ou psychique constante liée à cette affection. La seule souffrance psychique ne suffira pas. Le pronostic vital devra être engagé, dans un cadre assez proche de celui de la sédation profonde et continue prévue par la loi Claeys-Leonetti de 2016. Le médecin saisi de la demande devra consulter un collège pluriprofessionnel. Il ne pourra donc pas décider seul. Les critères restent en outre très restrictifs : les personnes en phase précoce de maladies graves comme Alzheimer, la maladie de Charcot ou la démence à corps de Lewy, ainsi que celles qui ne peuvent plus exprimer leur volonté – leurs directives anticipées n’étant pas reconnues –, en seront exclues. Cette prudence est sans doute nécessaire. Mieux vaut avancer pas à pas, dans le respect de la complexité du sujet.