Entretien
Denis Charbit : “Netanyahou compte sur le Hamas et sur son opposition interne pour que le plan de Trump s’effondre”
Denis Charbit. ©Sébastien Leban
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Pour l’administration américaine, le Hamas doit rendre les armes et disparaître après avoir libéré les otages israéliens. Un tel scénario est-il crédible ? Surtout, qu’en face, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou n’a pas vraiment intérêt à ce que la guerre prenne fin. Pour ce dernier, « impossible d’aller au bout, impossible d’arrêter », comme le résume Denis Charbit, politologue et auteur d’Israël, l’impossible État normal (Calmann-Lévy, 2024). Entretien.
Que retenez-vous du plan négocié cette semaine entre Benyamin Netanyahou et Donald Trump ?
Denis Charbit : Le Premier ministre israélien reste dans une oscillation trouble. Si les otages sont échangés et que Gaza est démilitarisée, de nouvelles élections seront précipitées sur fond de critiques acerbes de l’extrême droite israélienne qui répétera : « Tout ça pour ça ». Netanyahou compte sur le Hamas et sur son opposition interne pour que le plan s’effondre. Il a lui-même déclaré au président américain Donald Trump : « Si le Hamas rejette votre plan, Monsieur le Président, ou s’il l’accepte supposément puis fait tout pour s’y opposer, alors Israël finira seul le boulot. » Sachant que la Maison-Blanche demande à l’organisation islamiste de rendre les armes et de disparaître – avec l’aide du Qatar –, les chances que le plan soit rejeté par le Hamas sont grandes. D’un autre côté, Netanyahou ne peut pas ignorer les souhaits de plus de la moitié de sa population, y compris parmi ses électeurs, qui voit dans cet accord la dernière chance de récupérer ses concitoyens retenus dans l’enclave.
C’était aussi le sens de son intervention devant l’assemblée générale des Nations unies.
Comme à son habitude, il saisit l’occasion d’une exposition médiatique internationale pour faire de la communication politique et poursuivre sa stratégie électorale. Il portait une veste avec un QR code qui renvoyait à des images du 7-Octobre. Il a aussi diffusé son discours sur les téléphones portables de Gaza utilisant un opérateur israélien pour, dit-il, que les otages encore retenus par le Hamas puissent entendre ses mots. C’est une façon de surprendre, de faire parler de lui pour ne pas aborder l’issue politique concrète du conflit avec la Palestine. Malgré tout, si l’on prend de la hauteur, il devrait admettre que la question palestinienne est revenue au centre du jeu politique israélien. Il faut se souvenir que lors de sa dernière allocution devant l’assemblée générale des Nations unies, en septembre 2023, Netanyahou n’avait pas fait mention de la question palestinienne, pour la première fois depuis 2009. Il ne parlait que de la conclusion d’un accord avec l’Arabie Saoudite pour dessiner un « nouveau Moyen-Orient » dont la carte – qu’il avait alors brandie pendant son discours – ne faisait même pas figurer un territoire palestinien. C’était une façon de dire que la Palestine était devenue marginale. Et puis le 7-Octobre est arrivé…