Là est la question…

“Comment répondre à la question d'un élève ‘à côté de la plaque’ ?” Charles Pépin répond à vos cas de consciences

Temps de lecture : 3 min

“Comment répondre à la question d'un élève ‘à côté de la plaque’ ?” Charles Pépin répond à vos cas de consciences

 illustration : © Vincent Boudgourd pour PM - Charles Pepin. © Serge Picard pour PM 

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Cet article est issu du numéro 196 de Philosophie magazine, en kiosque le 15 janvier 2026.


LE DILEMME DE PASCAL
« Je suis professeur de philosophie et je suis confronté à un dilemme que nombre de collègues doivent connaître : que faire quand un élève pose une question objectivement “à côté de la plaque”, qui prouve qu’il n’a vraiment pas compris le moment du cours dans lequel nous nous trouvons, voire la pensée de l’auteur qu’il évoque ? D’un côté, je suis tenté d’encourager quand même sa démarche, de chercher ce qu’il peut malgré tout y avoir d’intéressant dans sa question… au risque que cela soit perçu comme démagogique par le reste de la classe qui a très bien compris à quel point cet élève se trompe et qui peut y voir une possible perte de temps. De l’autre, je suis tenté de souligner de manière plus expéditive la manière dont sa question est “à côté”, voire le contresens qu’il fait, mais le risque est alors qu’il le prenne mal, se sente humilié et ne participe plus par la suite. Je me doute bien que la solution optimale est quelque part entre les deux mais, jeune professeur, je serai quand même heureux d’avoir votre avis. »


 

La réponse de Charles Pépin 

Votre dilemme, cher Pascal, me rappelle en effet une expérience que j’ai vécue bien des fois ! Et vous posez en effet très bien l’alternative : prêter à la question plus d’intelligence qu’elle n’en a, au risque donc de la démagogie, ou dire les choses plus frontalement, au risque de la blessure d’ego. Une manière de sortir de ce dilemme pourrait être l’humour – « Ah ! voilà une manière originale – c’est le moins que l’on puisse dire – de comprendre la morale kantienne » –, mais cette issue n’est possible que si vous connaissez suffisamment l’élève, le savez capable de bien prendre cette pointe d’humour et de comprendre que la classe rit avec lui et non de lui – ce qui n’est pas le cas de tous les élèves.

“Il n'y a aucune mauvaise question”

De manière plus générale, j’aurais envie de vous rappeler qu’il n’y a aucune mauvaise question et que l’élève qui ose une question, quelle qu’elle soit, avancera toujours plus que l’élève qui n’en pose aucune. Il se souviendra de la réponse qui lui est alors adressée, à lui, personnellement, et ce souvenir constituera un point de fixation autour duquel pourra s’articuler sa mémoire du cours. Souvent, les questions les plus naïves, les plus candides ou les plus simples comportent en fait une forte charge philosophique. Et, selon moi, le métier de professeur devrait valoriser le questionnement, la curiosité et l’audace de se lancer plus que la pure maîtrise de connaissances – même si cette dernière reste importante.

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