C’était mieux avant ?
Catalogue La Redoute : première fabrique du désir ou ancêtre du scroll ?
Clémentine Mélois nous raconte : « L’image s'était mise à voyager jusqu'à se retrouver à tourner dans la communauté foucaldienne de l'université de Berkeley, aux États-Unis. Tous les étudiants voulaient commander l'un des "french turtlenecks" de ce catalogue français. Jusqu'à ce que Paul Rabinow, professeur et spécialiste de Foucault, envoie un message à son homologue français Mathieu Potte-Bonneville pour lui demander: "is this for real?" © «Collection Automne Hiver» de Clémentine Mélois.
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Avant Instagram, avant Pinterest, avant Amazon, il y a eu La Redoute ! À Roubaix, siège social de l’entreprise, le musée La Piscine consacre une exposition à ces catalogues qui ont façonné les rêves, les goûts et les désirs des Français. Certains prétendent même – mais c’est peut-être une légende – que Michel Foucault y passait commande pour ses sous-pulls.
Qui, sauf les plus jeunes d’entre nous, n’a de souvenir avec le catalogue La Redoute ? Pendant plus d’un demi-siècle, il a circulé dans les foyers français comme un roman national du désir, un livre de chevet collectif où se mêlaient aspirations, normes et frustrations d’une société en pleine transformation.
Une école du goût
On n’y achetait pas seulement une robe ou une housse de couette : on y apprenait comment habiter, comment s’habiller, comment être moderne. Ce n’était pas un simple support publicitaire mais une école du goût, comme l’ont bien compris les prestigieux créateurs qui ont collaboré avec la marque pour des exclusivités, à l’image d’Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld, Azzedine Alaïa ou Sonia Rykiel.
L’exposition que consacre à l’histoire de La Redoute le spectaculaire musée La Piscine, à Roubaix, permet de mesurer l’ampleur de cette aventure. Bien plus qu’une simple enseigne commerciale, La Redoute s’est imposée comme une institution de l’histoire industrielle et culturelle française. Née en 1837 au cœur du bassin textile roubaisien comme une simple usine de traitement de la laine, elle se développe grâce au tissage, crée ses premiers patrons et les diffuse, puis se transforme progressivement en une vaste entreprise de vente par correspondance.
“En 1992, le catalogue La Redoute comptait jusqu’à 1 250 pages pour un tirage de 8 millions d’exemplaires”
Dans une France encore largement rurale, où les grands magasins sont loin et les boutiques rares, la « VPC » ouvre tout un monde, celui de la consommation accessible, démocratisée, livrée chez soi. Le catalogue devient alors un objet de circulation nationale, un médiateur patient entre les modes parisiennes et les foyers provinciaux.