Second mandat Trump
Capitalisme de la finitude, technofascisme... “Succession”, série qui avait prédit les États-Unis de 2025 ?
Brian Cox dans la série Succession. ©HBO
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La série HBO de Jesse Armstrong, dont la dernière saison s’est terminée en 2023, brasse des thèmes politiques et philosophiques qui font écho à l’époque tourmentée que nous traversons. Ariane Nicolas, journaliste à Philosophie magazine et autrice du livre Succession. La Violence en héritage (Playlist Society), en propose un décryptage.
Tous deux ont presque 80 ans, un physique de carrossier et une ambition aussi démesurée que brutale. Donald Trump et Logan Roy incarnent, chacun à leur manière, une certaine idée des États-Unis. Le premier, homme réel, entame un nouveau mandat de président ; le second, personnage fictif, dirige en tyran le conglomérat médiatique Waystar Royco dans la série Succession (HBO ; à voir en France sur différentes plateformes), l’une des grandes sagas de la décennie qui ausculte les travers d’une famille dysfonctionnelle chez les ultra-riches.
Pour qui a regardé les quatre saisons de Succession, les résonances avec l’actualité sont frappantes. La série, diffusée dès 2018, lors du premier mandat Trump, s’intéresse aux rapports de force dans trois grandes sphères sociales : politique, entreprise, famille. Elle met en lumière l’esprit de prédation à la base du capitalisme, décrypte les rouages de la vague populiste contemporaine, anticipe les compromissions des grands géants de la « tech » et sonde l’hypothèse d’un devenir oligarchique, pour ne pas dire mafieux, dans toute organisation. Ou pourquoi la démocratie en Amérique n’est peut-être qu’une illusion…
Le pouvoir par la force
À peine investi, Donald Trump a lancé une guerre économique d’une rare brutalité : en émettant le souhait d’annexer le Groenland, en conditionnant la paix en Ukraine à la cession de terres rares par cet État souverain et en haussant les tarifs douaniers de manière drastique, y compris envers ses alliés, il fait trembler le monde en imposant sa volonté sans concertation aucune avec les instances légitimes. Quelle vision du monde cette agressivité dénote-t-elle ? La même que celle de Logan Roy, impitoyable patron qui menace, insulte et terrorise jusqu’à ses enfants : le règne de la force.
“Comme Logan Roy, Donald Trump bafoue le droit, prend des décisions arbitraires, brusque ses partenaires de négociation et trompe son monde pour mieux exercer le pouvoir en solitaire”